Emily Harrop : du ski alpinisme aux sommets du trail ?

Dans ce nouvel épisode du podcast Queen of the Mountains, Laurie Delhostal reçoit la franco-britannique Emily Harrop. Récemment sacrée championne olympique du relais mixte et vice-championne olympique en individuel aux Jeux de Milan Cortina , la championne de 28 ans revient sur sa trajectoire hors norme. Du ski alpin de vitesse aux sommets mondiaux du ski-alpinisme , elle dévoile comment le trail running s'est imposé comme le pilier central de sa préparation physique et mentale.

Du ski alpin aux sommets de l'endurance : le parcours d'une résiliente

L'univers de la montagne a toujours été le terrain de jeu d'Emily Harrop.

Installés en France par passion pour la glisse , ses parents la mettent sur des skis dès son plus jeune âge. Elle intègre rapidement le ski club de Sainte-Foy et gravit les échelons des compétitions de ski alpin jusqu'à ses 20 ans , se spécialisant peu à peu dans les disciplines de vitesse.

Cependant, le sport de haut niveau impose ses propres limites. Victime de lourdes chutes en course deux années de suite , l'athlète subit des blessures, des frayeurs et un blocage mental qui l'empêchent de passer le cap pour intégrer l'équipe de France.

Loin d'abandonner son besoin de dépassement de soi, elle choisit dans un premier temps de se concentrer sur ses études , tout en gardant à cœur de vibrer à travers l'endurance.

La révélation se produit peu de temps après en découvrant la Pierra Menta , course mythique de ski alpinisme située juste à côté de chez elle.

Impressionnée par l'ambiance festive, la technicité des descentes et la culture de l'effort de ces athlètes qu'elle qualifie de gladiateurs , elle décide de s'équiper de skis de seconde main pour s'élancer dans cette nouvelle aventure.

Sa progression s'avère fulgurante.

Bien que sa première année ait été marquée par l'apprentissage technique d'un matériel complexe et une saison blanche due à une blessure , le véritable déclic survient en 2020 lorsqu'elle s'entoure d'un entraîneur.

Entrée en équipe de France , son intégration au sein de l'armée en 2021 marque le début de sa professionnalisation et fait décoller sa carrière , lui évitant un arrêt prématuré provoqué par la fatigue de cumuler travail, études et entraînements.

L'annonce de l'introduction du ski alpinisme au programme olympique de Milan Cortina agit comme un fil rouge de motivation , malgré la déception collective des athlètes face au retrait ultérieur de l'épreuve individuelle par le CIO.

Pour se préparer à la pression d'un tel événement, Emily Harrop aborde chaque Coupe du monde et chaque championnat du monde précédant l'échéance comme s'il s'agissait des Jeux , forgeant ainsi sa stratégie et sa force mentale.

Photo ©Matt Georges

Le tourbillon des Jeux Olympiques de Milan Cortina : entre doutes et apothéose

Arrivée en grande favorite sur l'épreuve de sprint après avoir dominé le circuit mondial , la championne aborde la compétition olympique avec beaucoup de sérénité dans sa bulle de concentration.

Pourtant, sous une tempête de neige et sur une texture de piste collante , la finale prend une tournure inattendue. Une gestuelle légèrement trop lente lors d'une manipulation de remise des skis lui coûte la victoire.

La déception est immense sur le coup , lui renvoyant l'illusion douloureuse de commettre les mêmes erreurs que l'année passée aux championnats du monde. Grâce au soutien de sa préparatrice mentale , elle réussit à prendre de la hauteur et à mobiliser immédiatement son énergie vers sa seconde chance : le relais mixte.

Prête à aller au bout de l'effort physique pour honorer son rêve d'enfant , elle livre une bataille mémorable qui la mène jusqu'au titre olympique , terminant la course au bout d'elle-même, victime d'un malaise à l'arrivée.

Cette victoire, célébrée en famille et partagée avec le public lors du retour de la délégation à Albertville , scelle un chapitre mémorable de sa vie d'athlète.

“Je me suis vraiment mise à terre. J'ai fait un malaise après la course. Du coup, il y avait un peu ce mélange de "je suis hyper mal dans mon corps", mais en fait émotionnellement j'étais en explosion. Les Jeux, c'est aussi un moment où tu te rends compte de tout le chemin que t'as fait depuis que t'es gamin qui t'a apporté là.”

Désormais, alors que l'avenir olympique de la discipline pour 2030 reste suspendu aux décisions des instances internationales , la championne s'accorde le temps de récupérer sans plan d'entraînement strict.

Elle souhaite mûrir de nouveaux projets, notamment dans le trail running , un sport qu'elle pratique avec passion et qui nourrit son besoin de liberté en haute montagne.

© Matt Georges

Le trail running comme moteur de performance et terrain d'avenir

Le trail running n'est pas une découverte récente pour Emily Harrop, qui foulait déjà les sentiers bien avant de débuter le ski alpinisme.

Inspirée à ses débuts par des figures iconiques telles que Kilian Jornet et Emelie Forsberg , elle a renforcé ce lien avec la discipline lors d'un stage réalisé chez Salomon en 2018.

Aujourd'hui, la course à pied en nature constitue le cœur de sa préparation estivale , englobant la majorité de ses séances de haute intensité , complétées par du cyclisme pour préserver ses articulations.

Si elle a volontairement limité sa participation aux compétitions de trail ces dernières années pour ne pas saturer mentalement face au chronomètre , elle y voit un espace d'échange privilégié avec une communauté de passionnés.

Des athlètes de trail comme Lucile Germain ou Candice Fertin s'entraînent régulièrement à ses côtés , illustrant la passerelle naturelle entre les deux disciplines à travers un partage de conseils et de stimulations mutuelles.

Sur le plan de l'effort pur, Emily Harrop distingue la technicité explosive et très cardiovasculaire des formats individuels de sa discipline hivernale – qui durent environ une heure et demie – des exigences du trail long et de l'ultra-trail.

Elle rappelle l'importance de ne pas normaliser les distances extrêmes comme l'UTMB , qui requièrent une préparation spécifique drastique. En revanche, des parallèles majeurs existent en matière de nutrition sportive, notamment l'optimisation de l'apport en glucides. La skieuse souligne d'ailleurs la complexité de s'alimenter en hiver face au froid et au maniement des bâtons , obligeant à exploiter de courtes fenêtres tactiques lors des transitions ou au début des descentes.

Interrogée par Laurie Delhostal sur une éventuelle intégration du trail aux Jeux Olympiques , l'athlète exprime des réserves quant à l'impact sur l'ADN de ce sport de masse , bien qu'elle admette que la structuration olympique apporterait une clarté bienvenue face à la multiplication actuelle des circuits mondiaux.

Pour elle, le sport reste avant tout un puissant vecteur d'émancipation et de confiance , particulièrement pour les femmes dont la résilience physique permet de réduire les écarts de performance sur les formats d'endurance extrêmes. Elle encourage les pratiquantes à dépasser leurs barrières psychologiques en avançant de manière progressive et patiente.

“Allez dans des choses qui vous font peur, vous y découvrerez tellement de force. Le sport c'est aussi fait pour ça, pour construire sa confiance et construire la force intérieure. Mais il faut y aller étape par étape, construire petit à petit, et être patient.”


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