Camille Bruyas : l’intelligence émotionnelle au sommet de l’ultra-trail
Dans ce nouvel épisode du podcast Queen of the Mountains, Laurie Delhostal reçoit Camille Bruyas. L'une des meilleures traileuses françaises au monde revient sur une saison marquée par des sommets d'émotions et des défis physiques majeurs. Entre une chirurgie complexe et une deuxième place historique sur l'UTMB, elle incarne une approche du trail où l'intuition et la "folie" priment sur la donnée.
Le défi de l'endofibrose : Apprendre à composer avec la douleur
La carrière de Camille a été percutée en avril 2023 par le diagnostic d'une endofibrose de l'artère iliaque externe, une pathologie complexe qui réduit le calibre de l'artère vascularisant la jambe.
Cette pathologie se manifeste par des pertes de force et des douleurs intenses dans la cuisse et le mollet, particulièrement lors d'efforts à haute intensité comme les montées.
Après une première chirurgie lourde consistant à ouvrir l'abdomen en juin 2023, Camille a dû affronter une récidive six mois plus tard en raison d'une mauvaise cicatrisation.
Face à cette situation, elle a subi une microchirurgie par endoscopie qui, bien qu'utile, n'a pas totalement supprimé les symptômes.
Aujourd'hui, l'athlète a choisi de ne pas subir de nouvelles interventions lourdes et préfère s'adapter en utilisant la douleur comme un signal de fatigue ou une "sonnette d'alarme" pour son corps. Elle explique que sur des formats longs comme l'UTMB, la douleur s'estompe souvent après les premières heures de course, ce qui rend le défi gérable mentalement.
« Maintenant je sais, je dois vivre avec ça... j'essaye de composer avec tout ça. C'est un premier signe de ralentir un peu, c'est trop bien d'avoir ça avant que mon corps pète. »
UTMB : Une bataille féminine entrée dans la légende
Le dernier UTMB a offert un spectacle inédit avec une densité de compétition exceptionnelle chez les femmes, prouvant que le niveau féminin sur ultra-trail explose.
Camille Bruyas s'est élancée avec de nombreux doutes après un début d'année difficile, mais elle a su transformer cette incertitude en une envie profonde de profiter de l'événement. Elle a participé à une bataille historique contre Ruth Croft et Courtney Dauwalter, des athlètes qu'elle apprécie énormément.
Durant la course, Camille a vécu un moment marquant en doublant sa coéquipière Courtney Dauwalter, notant avec humilité que même les plus grandes championnes peuvent vivre des journées sombres.
Elle termine à une magnifique deuxième place, portée par le soutien de ses proches et de ses amies, oubliant presque les mois de galère médicale. Elle confie cependant qu'il lui a peut-être manqué une petite voix mentale moins indulgente pour aller chercher la victoire finale.
L'entraînement au feeling face à la dictature des datas
Alors que le trail se professionnalise via les données et les algorithmes, Camille Bruyas revendique une méthode basée sur l'intuition et la spontanéité.
Si elle ne rejette pas totalement les statistiques, elle refuse de répondre de manière "bête et méchante" à une machine qui dicterait ses séances. Pour elle, l'ultra-trail reste un sport où l'on dépend avant tout des conditions climatiques et du terrain, ce qui impose une adaptation permanente que les données ne peuvent pas toujours prévoir.
L'athlète utilise l'application Strava principalement comme une source d'inspiration pour découvrir de nouveaux parcours et suivre les aventures de ses amis, plutôt que comme un outil de comparaison.
Parallèlement, elle accorde une grande importance à l'écriture manuscrite pour assimiler ses objectifs et décharger ses états d'âme. Cette dimension introspective et collective — notamment à travers son rôle de soutien pour des amies comme Marianne Hogan — est ce qui donne du sens à sa pratique.
« Si je le perds [le feeling], je perds mes capacités, tout simplement. Et puis je perds la raison de pourquoi je cours. »
Objectifs 2026 : Vers de nouveaux horizons
Pour l'année 2026, Camille Bruyas souhaite privilégier le plaisir de la découverte et la légèreté.
Elle prévoit de s'aligner sur la traversée de l'île de Madère (MIUT) fin avril, une course qu'elle rêve de faire depuis longtemps.
Son programme inclut également le 90 km du Mont-Blanc fin juin, un format qu'elle n'a encore jamais exploré.
En quête de liberté, elle envisage aussi des projets "Off" décidés au feeling, à l'image de son défi des 14 sommets des Bauges réalisé l'an dernier.

