Tabous du sport féminin : ce que personne n’ose dire sur le corps des traileuses

Aménorrhées banalisées, fuites urinaires en plein effort, déficit énergétique relatif et fractures de fatigue à répétition : la réalité du trail féminin est souvent bien loin des images lisses des réseaux sociaux. Dans ce nouvel épisode de Queen of the Mountains, Sabine Ehrström, athlète élite et docteure en sciences du mouvement, lève le voile sur ces réalités physiologiques trop souvent cachées. Un face-à-face nécessaire pour comprendre les zones d’ombre du sport et apprendre à reprendre le pouvoir sur son corps, sans se briser.

L’aveuglement scientifique et médical : un danger invisible pour les athlètes

Le constat de Sabine Ehrström est sans appel : le monde du sport souffre d'un déficit de connaissances abyssal concernant la physiologie féminine.

« On a seulement 6 % des études qui sont menées uniquement sur les femmes », déplore l'experte.

Cet aveuglement se répercute jusque dans les cabinets médicaux, où l'absence de règles chez une sportive est encore trop souvent perçue comme un épiphénomène sans gravité.

L'un des plus grands tabous reste l'aménorrhée, fréquemment masquée par la prescription d'une pilule contraceptive. Ce traitement ne fait que provoquer une « hémorragie de privation » artificielle sans protéger la santé de l'athlète. Pourtant, les œstrogènes sont essentiels, notamment pour la construction du capital osseux avant 22 ans.

« C’est juste masquer les symptômes sans s’attaquer à la cause », prévient-elle, soulignant qu'un tel retard de prise en charge peut mener à des conséquences cardiovasculaires et osseuses irréversibles.

Le déficit énergétique : quand le corps passe en "mode survie"

Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas systématiquement le volume d'entraînement qui brise les athlètes, mais un déficit énergétique relatif.

Le corps féminin est particulièrement sensible à ce déséquilibre entre les calories brûlées et les apports nutritionnels. Pour illustrer ce phénomène, Sabine Ehrström compare l'organisme à un smartphone : « quand votre portable a très peu de batterie [...], il refuse de prendre des photos, il fonctionne au ralenti sur les fonctions vitales ».

Le piège est d'autant plus sournois qu'une perte de poids initiale peut donner l'illusion d'une progression fulgurante en montée. Mais ce « gain » immédiat est une impasse qui mène directement aux fractures de fatigue, à une fatigue inexpliquée et à l'arrêt de la progression.

Pour l'experte, il est urgent de sortir de cette culture de la performance à court terme pour privilégier la santé globale.

Briser le silence : coordination du périnée et déconstruction de l'emprise

L'épisode aborde également des sujets que beaucoup d'athlètes n'osent confier à personne, pas même à leur staff. Les fuites urinaires, par exemple, ne sont pas l'apanage du post-partum.

Elles touchent de nombreuses traileuses nullipares en raison d'un manque de coordination musculaire lors d'efforts intenses ou de port de charges lourdes. Heureusement, une rééducation adaptée avec un kinésithérapeute ou une sage-femme permet de retrouver une pratique sereine.

Enfin, Sabine Ehrström appelle à une transformation profonde de la relation coach-athlète.

Elle encourage les femmes à s'affranchir de l'obéissance aveugle pour privilégier un dialogue horizontal.

L'objectif ? Mettre du sens dans l'effort pour passer d'une pratique subie — où l'on craint de paraître comme le « maillon faible » — à une performance durable, consciente et respectueuse de sa propre intégrité physique.


Retrouvez les derniers épisodes de Queen of the Mountains

Suivant
Suivant

Comment Hoka et Alltricks ont décidé de lancer leur team trail