Préparation Mentale : Le muscle invisible de la performance

Longtemps perçue comme un recours d’urgence ou un luxe réservé à l’élite, la préparation mentale s’impose désormais comme un pilier fondamental de la pratique sportive. Pour Anthéa Juin, athlète et préparatrice mentale invitée du podcast Queen of the Mountains, l'esprit est un moteur de performance durable qu'il faut apprendre à piloter bien avant que le corps ne sature.

Déconstruire les mythes de la "béquille" psychologique

Malgré sa démocratisation, la préparation mentale traîne encore des préjugés qui freinent de nombreuses sportives.

L'idée reçue la plus tenace ? Celle qui voudrait que l'on ne s'occupe de sa tête que lorsque "quelque chose ne va pas". Pourtant, comme le rappelle Anthéa Juin, la discipline ne se limite pas à la gestion de crise. Elle n'est ni anecdotique, ni réservée aux professionnels, et ne doit surtout pas être confondue avec une thérapie clinique.

La réalité est bien plus pragmatique : c'est une méthodologie rigoureuse de co-construction. Elle vise à optimiser la performance et le bien-être par l'apprentissage d'habiletés concrètes, prouvant que muscler son esprit ne demande parfois que quelques minutes par jour.

Un outil de précision au service du terrain

La préparation mentale agit là où le volume d'entraînement physique atteint ses limites. Elle repose sur des leviers techniques qui permettent de stabiliser la performance :

  • L’imagerie mentale : En exploitant l’équivalence neuro-fonctionnelle, le cerveau s’entraîne à réussir une action avant même de l’avoir exécutée physiquement.

  • La gestion de l’activation : Apprendre à réguler son niveau d’éveil sur une ligne de départ via ses cinq sens pour transformer la "tempête émotionnelle" en sérénité.

  • La restructuration du discours interne : Ce n'est pas de la pensée magique, mais une manière de proposer une alternative constructive au doute et aux pensées négatives.

Le trail au féminin : entre cycle et légitimité

Si la science est universelle, son application sur les sentiers rencontre des enjeux typiquement féminins. Anthéa Juin observe notamment un "plafond de verre" de l'ambition : là où certains hommes peuvent surestimer leurs ressources, beaucoup de femmes attendent une préparation "parfaite" avant d'oser franchir le pas de la longue distance.

L’émancipation passe aussi par la réappropriation du corps. Le syndrome prémenstruel (SPM) ou les fluctuations hormonales ne sont plus des obstacles, mais des variables stratégiques. En apprenant à observer son cycle plutôt qu'à lutter contre lui, l'athlète transforme la vulnérabilité en une connaissance de soi qui optimise chaque foulée.

Un laboratoire pour la vie quotidienne

Au-delà des sentiers, ces outils deviennent des compétences de vie.

Apprendre à fixer des objectifs réalistes, à gérer son stress ou à troquer la culpabilité organisationnelle contre une responsabilité assumée sont des leviers directement transposables dans la sphère professionnelle et personnelle.

Comme le souligne Anthéa Juin, la préparation mentale est avant tout une conquête de liberté : celle de reprendre les commandes de sa trajectoire, sur les sentiers comme dans la vie.


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