Bigorexie : Quand l'addiction s'invite sur les sentiers
« Le sport est un antidépresseur naturel ». Cette affirmation, devenue un dogme dans nos sociétés modernes, occulte pourtant une réalité plus sombre : le basculement de la passion vers la pathologie. Dans le dernier épisode du podcast Queen of the Mountains, Laurie Delhostal explore les mécanismes de la bigorexie avec Marion Borgne, cette dépendance à l’activité physique qui transforme la quête de liberté en une prison invisible.
L’addiction comme mécanisme de survie
Contrairement aux idées reçues, la dépendance à l'activité physique n'est pas qu'une simple dérive de la volonté.
Reçue au micro de Laurie Delhostal, Marion Borgne , psychologue du sport et pratiquante d'ultra-distance, apporte un éclairage clinique essentiel sur le sujet.
Elle définit l’addiction non pas comme un problème initial, mais comme une « solution » inconsciente développée par l'athlète pour réguler son anxiété ou ses tensions intérieures.
Sur les sentiers, la course devient alors un outil de régulation émotionnelle vital, rendant l'arrêt de la pratique psychologiquement insupportable.
es signaux d’alerte : de la rigueur à la rigidité
Le passage de la passion saine à la passion obsessive se manifeste par une perte de flexibilité mentale. Marion Borgne identifie plusieurs indicateurs de basculement :
L'isolement social : lorsque le plan d'entraînement prime systématiquement sur les engagements familiaux ou les moments de vie partagés.
Le déni de la douleur : la poursuite de l'activité malgré des blessures physiques évidentes, une fatigue chronique ou un épuisement durable.
L'absence de plaisir : quand la séance devient une contrainte rigide et que l'impossibilité de s'entraîner génère une anxiété majeure.
Les signes cliniques spécifiques : notamment l'absence de règles chez les traileuses, souvent l'un des premiers signaux d'un corps en état de souffrance durable.
L’influence technologique et sociale
Le phénomène est aujourd'hui amplifié par une culture de la performance omniprésente, particulièrement sur les réseaux sociaux.
Marion Borgne souligne le rôle ambivalent des montres connectées et des applications de monitoring.
Si ces outils permettent de structurer l'entraînement, ils rendent également la performance « objectivable » en permanence, poussant à une comparaison constante et à une quête de reconnaissance extérieure qui alimente le cercle vicieux de l'addiction.
Réapprendre la liberté
La sortie de la dépendance passe par une réappropriation des sensations pures.
L'experte prône notamment un retour à la flexibilité : oser courir sans montre, accepter de déroger à son plan et, surtout, replacer le plaisir au centre de la pratique.
Le trail, par son lien intrinsèque avec la nature et la contemplation, offre un terrain privilégié pour soigner ce rapport au corps et retrouver une pratique réellement libératrice.

