Marion Delespierre : L’Éternel Équilibre d’une Championne du Monde
Entre son cabinet de médecine du sport à Lyon, les sentiers techniques de l’ultra-trail et sa nouvelle vie de maman, Marion Delespierre incarne une forme de puissance tranquille. Dans ce nouvel épisode de Queen of the Mountains, elle se confie sur son parcours singulier, où la performance n’est jamais déconnectée de la réalité du terrain et du corps.
Des bassins aux sommets : une vocation née de l'urgence
Rien ne prédestinait Marion Delespierre à l’ultra-distance en trail.
Ancienne nageuse de haut niveau, c’est la contrainte du temps, ou plutôt son manque, durant ses études de médecine qui l’a poussée vers la course à pied.
"C'était le sport facile à faire parce que vous sortiez à 19 ou 20 h de l'hôpital. Il suffit d'enfiler une paire de baskets", se remémore-t-elle.
Ce qui n'était au départ qu'une "soupape" pour évacuer le stress des gardes et la lourdeur des décisions médicales est rapidement devenu un terrain d'expression majeur.
Du bitume lyonnais aux sentiers techniques de l'Île de la Réunion, Marion a gravi les échelons jusqu'à ce déclic en 2018 : une troisième place inespérée sur le 90 km du Mont-Blanc.
Dès lors, l'amateurisme laisse place à une approche structurée, marquant le début d'une ascension fulgurante.
2023 : Le titre mondial comme point d’orgue
L'année 2023 restera gravée comme celle de la consécration.
En Autriche, Marion Delespierre décroche le titre de championne du monde de trail long. Un moment d'une intensité rare, partagé avec l'équipe de France, mais aussi une victoire mentale.
Elle décrit ces derniers kilomètres comme une parenthèse enchantée, portée par l'émotion et la certitude, enfin, que le rêve était devenu réalité.
Pourtant, au-delà des médailles d'or et des podiums à l'UTMB ou à la Diagonale des Fous, c'est sa vision du sport qui inspire.
Pour Marion, la performance ne doit jamais se faire au détriment de l'intégrité physique.
"Je ne voulais pas finir complètement démolie... je craignais beaucoup ça et je ne voulais vraiment pas mettre ma santé en péril", explique celle qui a consacré sa thèse au sujet des femmes dans le sport.
La maternité, un nouveau départ rythmé par l'écoute
Peu après son titre mondial, Marion entame un autre chapitre : celui de la maternité avec la naissance de son fils.
Loin des injonctions au retour rapide, elle prône une approche scientifique et sensorielle de la reprise. Ayant couru jusqu'à la veille de son accouchement, elle a dû réapprendre à écouter un corps transformé, notamment par une césarienne qu'elle refuse de banaliser.
"On n'est plus comme avant. Physiquement et mentalement, on est différente", confie-t-elle avec une sincérité désarmante.
Aujourd'hui, elle jongle avec trois casquettes, athlète, médecin et mère, en acceptant que l'équilibre soit une quête cyclique plutôt qu'une ligne droite.
Oser l'ultra : un message à toutes les femmes
Si Marion Delespierre a accepté de partager son histoire au micro de Laurie Delhostal, c'est avant tout pour briser les plafonds de verre que les femmes s'imposent parfois. Pour elle, les barrières sont souvent plus mentales que physiologiques.
"Nous sommes autant capables que les hommes, physiquement et mentalement. On a même plus de fibres lentes endurantes", rappelle la médecin. Son conseil final est un cri de ralliement pour toutes celles qui hésitent encore à s'aligner sur une ligne de départ : il faut oser. Car au-delà du chrono, c'est la confiance en soi que l'on construit, une foulée à la fois.

