Anne-Lise Rousset se confie sur son burn-out sportif et sa nouvelle vie
Vétérinaire, mère et athlète élite, Anne-Lise Rousset a marqué le trail international par ses records et sa résilience. Après un abandon marquant à l'UTMB 2024, elle lève le voile sur l'usure mentale et physique qui l'a menée à choisir la retraite sportive pour retrouver son équilibre personnel.
L'ascension d'une championne : Du premier dossard au record du GR20
Anne-Lise Rousset a marqué l'histoire du trail français, non pas par une ambition démesurée, mais par une passion brute pour la montagne.
Tout commence en 2011, lorsqu’elle reprend la course après ses études vétérinaires, poussée par celui qui deviendra son mari et entraîneur, Adrien Séguret.
Sa victoire à la CCC en 2014 l'a propulsée sur le devant de la scène, bien qu'elle en garde un souvenir très nuancé. Elle explique n'avoir pas été réellement prête physiquement pour affronter les 100 kilomètres à l'époque.
« Personnellement, ça n'avait pas été forcément une course réussie pour moi... mon sentiment était quand même mitigé suite à cette course-là et j'étais revenue sur des distances un peu moindres suite à la CCC. »
Le véritable tournant survient en 2022 avec son record féminin sur le GR20 (35h50), un exploit réalisé seulement onze mois après son accouchement. Ce projet, mûri durant sa grossesse avec le soutien d'une kinésithérapeute spécialisée, prouve qu'une athlète peut briser les tabous entourant la maternité et le sport de haut niveau.
"Je ne pense pas que je revivrai une aventure sportive, même humaine, de cette intensité-là. [...] C'est ce qui donne encore plus de saveur à cette réussite-là."
Photo © Cyrille Quintard
La rupture de l'UTMB 2024 et la prise de conscience du burn-out
Dès 2022, après son exploit historique sur le GR20, Anne-Lise Rousset s'aligne sur la Diagonale des Fous où elle décroche une immense deuxième place derrière Courtney Dauwalter, bien qu'elle n'ait pas encore pleinement récupéré de son record en Corse.
Elle enchaîne en 2023 avec une saison de très haut niveau, marquée par son titre de Championne de France de trail long et une deuxième place à la mythique Hardrock 100.
Cependant, cette accumulation de performances finit par peser.
L'année 2024 marque un point de rupture définitif lors de l'UTMB.
Anne-Lise y affronte une usure mentale et physique profonde, exacerbée par la difficulté de concilier son rôle de maman, son métier exigeant de vétérinaire et une préparation d'ultra-trail.
Elle évoque aujourd'hui sans filtre un burn-out sportif, une réalité qu'elle a longtemps niée par fierté avant de choisir de mettre un terme à sa carrière pour retrouver son équilibre.
« On ne peut pas s'aligner au départ d'un ultra dans cet état. Si un 40 kilomètres peut encore passer, un ultra-trail comme l’UTMB demande un niveau d'engagement tel, qu'il devient impossible à tenir. »
Photo © Cyrille Quintard
Nouvelle vie : Une "retraitée" active et passionnée
Aujourd'hui, Anne-Lise Rousset savoure sa retraite sportive entamée en septembre dernier.
Loin d'arrêter la course, elle continue de s'entraîner pour le plaisir, sans la pression du dossard de haut niveau. Son quotidien reste rythmé par sa clinique vétérinaire et sa vie de famille, un ancrage qui lui permet de relativiser l'importance de la performance pure.
Elle porte également un regard lucide sur la professionnalisation du trail, alertant sur la précarité des jeunes athlètes et l'importance d'avoir une "roue de secours" professionnelle.
Ses projets futurs se tournent vers des aventures plus personnelles, comme un voyage en Patagonie ou un défi sur le volcan Teide, prouvant que la passion du trail ne s'éteint jamais vraiment.
"Si on a envie de mener de front tout ça, on y arrive. [...] Quand on aime et qu'on a envie de tout faire, on peut le faire."

