Ruth Croft : "Mon histoire avec l’UTMB n’est pas terminée"

Désignée athlète féminine de l’année lors de l'édition 2025 des Trail Running Awards à Annecy, Ruth Croft voit dans cette distinction la reconnaissance d’une carrière bâtie sur une décennie, bien au-delà de sa victoire à l’UTMB cette année. Depuis la Nouvelle-Zélande où elle réside durant l’hiver, la traileuse du Team Adidas Terrex revient sur sa saison et esquisse les contours de la prochaine.

Entre tramping sauvage et ultra-professionnalisme

Loin des pistes de ski européennes, Ruth Croft privilégie la course à pied douze mois par an près du lac Wanaka.

Elle y pratique le tramping, ce "mot kiwi pour la randonnée en terrain sauvage", ainsi que le canoë pour nourrir son besoin d'aventure.

Pourtant, cette apparente liberté cache une structure d'élite : "C’est la première année qu’on en parle autant mais j’ai toujours eu cette approche avec un coach, un préparateur physique, un nutritionniste... Pour durer, il faut être bien entourée."

Ce professionnalisme s'étend au soutien crucial de son compagnon, Martin Gaffuri, et à l'usage de la data pour le pacing.

Concernant la concurrence, elle reste humble face à l'ascension de Katie Schide : "Katie joue dans une ligue à part ! Ce qu’elle a fait à la Hardrock, puis à Sierre-Zinal et aux Mondiaux de trail long, c’est incomparable. Je la vois comme Courtney à l'époque où elle était seule au monde."

Le mental au service de la longévité : l'expérience Vipassana

Pour Ruth, la performance pure ne suffit pas ; la gestion de l'échec est tout aussi formatrice.

Elle tire ainsi de grandes leçons de son abandon à la Transvulcania pour hypothermie, une première dans sa longue carrière.

Pour digérer ces émotions et la pression post-UTMB, elle s'impose une retraite Vipassana à Mumbai : dix jours de silence absolu et dix heures de méditation quotidienne.

"Cette année, j’en avais plus que jamais besoin. Les ultra-traileurs — en tout cas moi — sont très obsessionnels et structurés. Quand une course comme l’UTMB se termine, j’ai besoin d’un reset."

Ce besoin de coupure est vital dans un sport qui se professionnalise rapidement, où les marques comme Adidas investissent désormais massivement dans des pôles de performance globaux incluant psychologues et experts en nutrition.

Équité, reconnaissance et objectifs 2026

L'évolution du trail running féminin est au cœur des réflexions de la championne.

Si elle note que "on parle parfois plus de la course féminine, c’est un vrai changement", elle reste opposée aux départs séparés à l'UTMB, craignant que cela n'isole les femmes dans la nuit et ne dégrade l'ambiance.

Sur le plan financier, elle se félicite de la réduction des écarts de prize-money : "Je me souviens qu’au début de ma carrière, il y avait un écart énorme... Les choses sont aujourd'hui beaucoup plus équilibrées."

Pour 2026, si la Western States reste une option, sa priorité demeure l'UTMB.

"Mon histoire avec l’UTMB n’est pas terminée. En 2024, j’ai fait une très bonne deuxième moitié de course, cette année, c’était l’inverse, j’ai envie de réussir une course complète."

En parallèle, elle achève ses études en naturopathie, préparant une transition naturelle vers la santé des sportives.

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