Trail : pourquoi la dictature des régimes alimentaires peut nuire à votre pratique
Entre les promesses du régime cétogène, la popularité du jeûne intermittent et l’éviction systématique du gluten ou du lactose, le traileur moderne se retrouve face à un véritable casse-tête. Pourtant, ce qui fonctionne sur le papier peut devenir un obstacle majeur une fois en montagne. Dans le dernier épisode du podcast Queen of the Mountains, Laurie reçoit Alice Michel, diététicienne-nutritionniste spécialisée dans le sport, pour une immersion sans tabou dans l'assiette des athlètes. Découvrez pourquoi vouloir suivre à tout prix les tendances nutritionnelles peut freiner votre progression et comment retrouver une approche cohérente et performante.
Les régimes restrictifs face aux réalités de l'endurance
Le paysage de la nutrition sportive est aujourd'hui saturé par des méthodes restrictives telles que le céto (keto) ou le jeûne intermittent.
Le régime keto, en réduisant drastiquement les glucides au profit des lipides, force le corps à un basculement métabolique pour utiliser les graisses comme carburant principal.
Si cette stratégie est séduisante pour stabiliser la glycémie, Alice Michel souligne qu'elle reste extrêmement complexe à tenir pour le trail.
En effet, dès que l'intensité grimpe ou que le terrain devient technique, les glucides demeurent le carburant de prédilection du corps humain.
De la même manière, le jeûne intermittent (16/8) demande une prudence extrême.
Pratiquer un entraînement intense à jeun peut stresser l'organisme inutilement, perturber l'équilibre hormonal et impacter la qualité de la récupération.
Quant à l'éviction du gluten ou du lactose sans diagnostic médical précis, elle s'apparente souvent à un effet de mode. Sans raison thérapeutique comme la maladie cœliaque, ces suppressions peuvent mener à des carences et compliquer inutilement la vie sociale et sportive de l'athlète sans garantie de bénéfice réel sur ses chronos.
Photo ©Dorian Hugot
Le piège de la carence énergétique et l'importance du glycogène
Vouloir supprimer les glucides est souvent une erreur stratégique majeure pour quiconque s'aventure sur de longues distances.
Les glucides complexes constituent la base indispensable pour maintenir des stocks de glycogène suffisants.
L'enjeu de l'entraînement n'est d'ailleurs pas de supprimer les sucres, mais d'améliorer la capacité du corps à oxyder les graisses pour retarder le point de cross-over, ce moment critique où les réserves de gras ne suffisent plus à soutenir l'effort demandé.
Un organisme privé de glucides par un régime trop strict peine à répondre aux exigences du dénivelé et de la répétition des efforts.
En montagne, la flexibilité métabolique — cette capacité à basculer efficacement entre les différentes filières énergétiques — est la véritable clé pour éviter le fameux "mur" et conserver une lucidité mentale totale. Une balance énergétique négative, souvent induite par ces régimes, augmente drastiquement le risque de fatigue chronique et de blessures d'usure.
Photo ©Alexandre Phou
L'alimentation intuitive : La fin des dogmes pour plus de performance
La nutrition ne doit en aucun cas devenir une source de stress mental supplémentaire dans la vie d'un coureur.
Laurie Delhostal et Alice Michel insistent sur le fait qu'une approche trop rigide génère souvent de la frustration et finit par masquer les signaux d'alerte envoyés par le corps.
Revenir à une alimentation intuitive, basée sur le plaisir et l'écoute attentive des sensations de faim et de satiété, s'avère bien plus durable que n'importe quel plan alimentaire pré-établi.
L'alimentation doit être perçue comme la première des médecines, capable de réduire les états inflammatoires et de favoriser la reconstruction tissulaire après l'effort.
Plutôt que de suivre une tendance dictée par les réseaux sociaux, l'athlète gagne à entraîner son système digestif lors des sorties longues pour identifier ce qui lui convient réellement. Une alimentation qui respecte votre identité et vos besoins réels est la seule capable de vous accompagner sereinement durant vos nombreuses années de pratique.
« Revenir à de l'intuition me paraît essentiel parce que c'est une alimentation qui nous ressemble et dans laquelle on va trouver du plaisir. »

