Blandine L'Hirondel : son plan d'attaque pour l'UTMB 2026
Réunie à Marseille lors du Kiprun Press Camp, la team élite de l’équipementier français prépare sa saison. Mile & Stone en a profité pour interroger Blandine L'Hirondel, qui revient sur l'ascension fulgurante de la marque. De ses tests de prototypes à ses ambitions pour l'UTMB 2026, elle nous emmène dans les coulisses de sa quête de performance.
Photo © Paul Brechu/UTMB
Quand tu as signé chez Kiprun en 2022 (sous la marque Evadict à l'époque), la marque ne pesait pas autant dans le trail qu’aujourd’hui. Comment perçois-tu son évolution ?
Pour être honnête, ce qui m'a vraiment attirée au début, c'est le côté 100 % féminin du projet de la team Evadict. Je trouvais cela un peu révolutionnaire et, en tant que femme et gynécologue, j'y avais toute ma légitimité. J'avais vraiment envie d'embarquer dans cette aventure. Les premières années ont été extrêmement satisfaisantes sur le plan humain, avec une superbe cohésion d'équipe. Depuis deux ou trois ans, il y a un vrai tournant vers la performance et le matériel. Quand j'ai signé, au début, je tournais sur deux paires de chaussures ; aujourd'hui, j'ai l'embarras du choix. Je suis impressionnée par les moyens de développement qu'ils déploient. Nous sommes de plus en plus sollicités pour donner notre avis, tester des prototypes.
Est-ce que tu sens que le regard des autres athlètes élites a également changé vis-à-vis de la marque ?
Quand je suis en stage ou que je cours avec d'autres athlètes, on regarde souvent mes chaussures en me demandant quel est le modèle que j'utilise. Avec l'intégration des hommes en 2024, nous sommes désormais 16 dans l'équipe et nous avons déjà de beaux palmarès. Les gens constatent qu'on peut gagner de grandes courses avec du matériel Kiprun, ce qui éveille leur curiosité.
Participes-tu directement au développement des produits ?
Oui, nous y participons tous. Cela se fait par visioconférence ou directement à Lille. L'équipe est hyper réactive : si j'exprime le besoin d'un type précis de sac ou de short, je peux recevoir un prototype dans la semaine. Pour les chaussures, cela prend parfois un peu plus de temps à cause de la conception, mais, à Lille, ils sont très motivés et efficaces.
Penses-tu que ta double expertise, à la fois sportive et médicale, influence ton regard sur la conception des produits, notamment ceux destinés aux femmes ?
Oui, c'est le cas, notamment pour les brassières sur lesquelles nous travaillons en ce moment. En tant que gynécologue, je constate les problèmes liés à la poitrine dans mon métier, ce qui m'aide à m'exprimer sans aucun complexe sur des sujets qui peuvent paraître intimes. C'est aussi le cas pour les culottes menstruelles, dont nous discutons souvent avec Élodie (Chenu, chef de produit Kiprun). Mon habitude de parler ouvertement de ces sujets de santé féminine aide à être transparente sur les besoins réels, que ce soit les miens ou ceux de mes patientes.
En moins de 10 ans, le trail s'est beaucoup professionnalisé et médiatisé, avec des enjeux financiers plus importants. As-tu l'impression que l'âme du sport a changé ?
Je n'ai pas vraiment connu le "pur esprit trail" des années 2000 puisque j'ai commencé il y a environ sept ans. La discipline a changé, c'est vrai : le niveau s'est densifié, c'est devenu plus médiatisé avec les réseaux sociaux, mais je pense que c'est une bonne chose. Cela suit l'évolution de la société et cela a permis de populariser le trail. Je préfère accepter cette direction et en tirer le meilleur plutôt que de dire que "c'était mieux avant".
Pour aborder la partie sportive et l'un des enjeux majeurs de ta saison : qu'as-tu appris de tes participations en 2023 et en 2024 à l’UTMB pour adapter ta préparation à l'édition 2026 ?
Plusieurs choses vont évoluer. D'abord au niveau matériel : je vais utiliser pour la première fois des chaussures à plaque carbone sur un ultra. Dès le mois de mars, je suis allée à Lille pour préparer l'équipement que je porterai, alors qu'avant je m'en souciais trois semaines avant le départ. J’anticipe beaucoup plus, c’'est un vrai "game changer" dans ma préparation.
Ensuite, côté course, pour mon quatrième ultra, après les deux UTMB et la Diagonale des Fous l’an dernier, je veux vraiment améliorer ma gestion de l'allure. J'ai souvent tendance à partir vite et à tenir tant bien que mal. Là, l'idée est de partir prudemment pour en garder sous le pied et minimiser la baisse de rythme en fin de course.
Je suis très bien entourée (coachs, scientifiques, équipe du Sports Lab de Décathlon) pour me mettre dans les meilleures conditions. Enfin, je dois être plus efficace sur les ravitaillements, car les statistiques ont montré que j'étais celle du top 10 qui y passait le plus de temps.
Cela veut-il dire que tu vas t'entraîner spécifiquement pour les ravitaillements ?
L'idée est surtout d'être plus fluide, et notamment de ne pas avoir à changer de chaussures, contrairement à ce que j'ai fait sur mes deux UTMB et la Diag. Pour cela, il faut le meilleur matériel possible afin d'éviter tout pépin (comme des frottements ou des problèmes de pieds) et ne pas avoir besoin de s'arrêter pour remettre de la crème ou changer de chaussettes.
La semaine de l'UTMB est souvent très compliquée à gérer en termes de sollicitations. Comment vas-tu l'aborder ?
C'est vrai que les sollicitations des marques et des médias sont incroyables cette semaine-là. J'ai appris à dire non, et je me suis entourée de personnes pour refuser à ma place. Je ferai probablement une apparition sur le stand de Kiprun et un run communautaire, mais j'ai refusé tout le reste pour préserver mon énergie mentale. Il y a deux ans, j'ai couru l'UTMB avec le Covid, probablement attrapé à force d'être entourée de monde. En période de pic de forme, nos défenses immunitaires sont plus faibles, donc je vais vraiment limiter les contacts pour éviter de tomber malade juste avant la course.

