Kilian Jornet : quel sera l’impact de son retour à l’UTMB 2026 ?

Quatre ans après sa quatrième victoire à l’UTMB et deux ans après une brouille très médiatisée avec les organisateurs de la course autour du Mont-Blanc, Kilian Jornet va faire son retour à Chamonix fin août. Une annonce bien orchestrée, qui "électrise" les athlètes et l’industrie du trail running.

Photo © UTMB

UTMB 2026 : pourquoi Kilian Jornet a choisi de revenir à Chamonix

Soudain, les notifications ont déferlé. Le 23 février, l’annonce du retour de Kilian Jornet à l’UTMB sur le site de sa marque, NNormal, quatre ans après sa dernière apparition à Chamonix, a fait l’effet d’une petite bombe. Partagé seulement par l’entourage de la star et des responsables de la course autour du Mont-Blanc, le secret avait été bien gardé. La surprise n’en a été que plus importante, même si le quadruple vainqueur de l’épreuve (2008, 2009, 2011 et 2022), en sept participations, avait annoncé vouloir redonner la priorité aux courses après ses projets de traversées XXL, dans les Pyrénées en 2023, dans les Alpes en 2024 et aux Etats-Unis en 2025.
 
"On ne l’a pas fait pour ça, car Kilian est maître de ses projets sportifs, mais cette annonce a permis de mesurer à quel point il y avait une attente de la part du public, le retentissement a été spectaculaire", note Romuald Brun, responsable commercial international chez NNormal et proche du team de la marque cofondée en 2022 par Jornet et Camper. Publié également sur les comptes Instagram de l’UTMB, le post du Catalan expliquant les raisons de son retour a été liké près de 90 000 fois en une semaine. Un score énorme, même pour le plus suivi des traileurs.
 
"L'UTMB, c'est la référence (…). Si on veut une confrontation avec les meilleurs athlètes, c'est là que ça se passe", a jusifié ce dernier dans une interview accordée à L'Équipe, son programme 2026 comportant également la Western States et Sierre-Zinal, une de ses courses fétiches, qu’il a remportée à dix reprises. 

Kilian Jornet et Michel Poletti : une vision partagée à 80-90%

Ce come-back n’était en tout cas pas attendu si rapidement, deux ans après son appel au boycott de l’UTMB lancé avec l’Américain Zach Miller, dans un contexte de croissance du circuit UTMB World Series et du partenariat-titre signé avec Dacia (voir notre article dans Mile & Stone #14). Interrogé dans le quotidien sportif sur cet épisode, le Catalan assure que les tensions sont désormais derrière : "Il est important qu'il y ait des points de vue divergents. Cela fait évoluer les perceptions de chacun. Avec Michel (Poletti, fondateur et toujours organisateur de l’UTMB, NDLR), nous sommes d'accord à 80-90 % sur la vision du sport, son industrie et l'évolution du professionnalisme."
 
Pour UTMB Group, ce retour concrétise une démarche engagée suite à cette "crise" de 2024. Nommé directeur des sports à l'été 2024, Julien Chorier s’est ainsi attelé à nouer le dialogue avec l’association des traileurs professionnels (PTRA), cofondée par Jornet en 2022. "Ouvrir la discussion avec les athlètes, les team managers et les agents est la preuve de cette volonté de co-construire le sport avec des intérêts qui sont convergents", commente à ce propos l’ancien traileur pro et team manager du team Hoka. Principaux thèmes évoqués avec la PTRA : le calendrier et le mode de qualification pour le Hoka UTMB Mont-Blanc, les règles antidopage, la politique de transport, l’éco-responsabilité, la place des femmes ou encore l’index UTMB. 
 
Ce dialogue a visiblement porté ses fruits, même si, assure Julien Chorier, "la participation de Kilian n’a jamais été conditionnée à quoi que ce soit. Il n’a pas dit : "Si vous changez telle ou telle chose, je reviens". Il s’est qualifié au Chianti Ultra Trail 2025 (2e derrière Jim Walmsley) et s’est inscrit dans les délais, rien de plus". David Michel, journaliste à L’Équipe et auteur de l’entretien croisé Kilian Jornet-Michel Poletti, indique quant à lui : "J’ai senti qu’ils étaient sur la même longueur d’ondes. Les différends se sont aplanis rapidement. Tout le monde avait intérêt à avancer."

UTMB 2026 : Un plateau Élite de rêve

Un an après une édition 2025 remportée par l’Anglais Tom Evans, Kilian Jornet s’ajoute donc à un plateau qui s’annonçait d’ores et déjà très dense. "Entre les inscrits et ceux qui seront au départ, il y aura une différence pour cause de blessures ou autres, mais on s’attend à avoir les plus grands noms au départ", se félicite Julien Chorier. Deuxième en 2025, l’Américain Ben Dhiman se réjouit lui aussi de la présence de Jornet, contre lequel il n’a couru qu’une seule fois, en 2014 (Run the Gut 50km) à l’occasion de son tout premier trail, alors qu’il était encore étudiant : "Sa présence provoque un mélange de sentiments, mais elle est surtout source de motivation. Ma première réaction a été de me dire : “Ah mince, ça va être plus dur !” Mais finalement, je me suis dit que si je voulais appartenir aux meilleurs, il fallait les battre."
 
Et celui qui est installé dans les Pyrénées d’ajouter : "Kilian va porter toute la pression, ma position d’outsider sera intéressante, elle me permettra de rester concentré sur moi et sur comment je peux améliorer mon chrono. A l’UTMB, la concurrence est importante, mais il s’agit avant tout de faire sa course. Si tu fais moins de 20 heures, tu as une bonne probabilité de gagner." Peu d’autres élites ont officialisé à date leur inscription, à part Théo Détienne ou Baptiste Chassagne, mais, en plus de Kilian Jornet et sans doute du tenant du titre, Tom Evans, deux autres anciens vainqueurs pourraient être de la partie - Jim Walmsley et Vincent Bouillard -, tandis que Mathieu Blanchard est également espéré à Chamonix. 
 
"L’annonce de Kilian a été super bien reçue par les autres élites, sa présence va augmenter encore la visibilité de l’événement et des athlètes, avec des audiences sans doute en hausse", analyse l’agent Goulven Cornec, qui représente plusieurs sportifs au sein de l’agence Fraich’touch. "La notoriété de Kilian Jornet dépasse le monde du trail, abonde une communicante très implantée dans le sport outdoor. Il est l’un des seuls traileurs à être arrêté dans la rue quand il est à Paris. Sa présence va attirer un autre public."

L’effet Kilian : ferveur populaire et enjeux records pour les marques

D’autant qu’à 38 ans, Kilian Jornet effectuera peut-être ses adieux à la course autour du Mont-Blanc. De quoi, là encore, attirer un public encore plus nombreux, notamment dans les fan zones bouillantes de Notre-Dame de la Gorge et de Vallorcine : "L’an passé, sans Kilian, on s’est rendu compte de la popularité de l’UTMB et de l’intérêt pour différents profils, là, on s’attend à avoir encore plus de monde. A nous d’anticiper pour que ça se passe au mieux et que le sport reste au centre, tout en profitant de cette ferveur", confie Julien Chorier.
 
Robin Schmitt, l’un des cofondateurs de Genoux dans le gif, à l’origine de la fan zone de Vallorcine - qui sera d'ailleurs déplacée pour des questions de voisinage, peut-être au col de la Forclaz (comme en 2023) - planche déjà sur la question, en relation avec l’organisateur de l’UTMB : "Notre idée première, pour 2026, était de monter un événement autour de Théo Détienne, mais c’est évident qu’il y aura un effet Kilian et que les supporters auront envie de le voir."
 
Ce qui sera sans doute également le cas des grandes (et moins grandes) marques, qui auront une raison de plus de prendre d’assaut Chamonix lors de la dernière semaine d’août. "On sait depuis longtemps que ce sera une très grosse édition. On a observé une frénésie supplémentaire à l’annonce de Kilian. Toutes les marques augmentent leur budget pour cette semaine et on constate d’ores et déjà un effet sur les prix des locations", observe Goulven Cornec, qui entend ouvrir à nouveau une House of Mountains, "mais en plus gros"
 
Du côté de NNormal (qui affiche une croissance de 60 % en 2025), Romuald Brun affirme que malgré la présence de Kilian Jornet, "notre dispositif ne sera pas plus significatif que les années précédentes. Nous serons fidèles à nos valeurs de durabilité de nos produits et si on veut continuer à grandir, c’est en tant que compagnie B Corp. On souhaite que notre développement impacte positivement les consommateurs et le monde dans lequel on vit, en abondant par exemple au 1 % pour la planète". Mais nul doute qu'on se bousculera sur le stand de la marque espagnole, surtout si son égérie vient y faire un tour.

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