Marie Goncalves : l’art de ne rien s’interdire
Avocate au barreau et athlète de la Team ASICS, Marie Goncalves mène de front deux carrières d'élite. Récemment sacrée vice-championne d'Europe par équipe, la Lyonnaise de 28 ans prouve qu'une planification sans faille permet de concilier l'éloquence des tribunaux et la rudesse des sentiers. Portrait d'une compétitrice qui refuse les compromis.
Queen of the Mountains / On Tour est un événement produit par Mile & Stone grâce au soutien de ASICS et RGENtec.
Du tartan aux sentiers sauvages : La naissance d'une vocation imprévue
L'histoire d'amour de Marie Goncalves avec la course à pied débute dès l'enfance, sur le tartan des pistes d'athlétisme, où elle façonne sa foulée dès l'âge de sept ans à travers les cross et le 3000 mètres steeple.
Pourtant, le destin de la jeune femme bascule vers les grands espaces un peu par hasard, à la faveur des incertitudes de l'année 2020.
Face à l'annulation soudaine des Championnats de France de cross, elle choisit, sur un coup de tête et contre l'avis de son entraîneur, de s'aligner au Trail des Cabris, un tracé de 25 kilomètres.
Elle l'emporte à sa propre surprise, découvrant le lendemain des courbatures mémorables et un univers où le chronomètre s'efface devant la verticalité.
C'est une révélation : pour briller sur ce nouveau terrain, il lui faut désapprendre ses réflexes de pistarde et accepter de marcher dans les montées pour préserver ses forces.
Sa trajectoire prend une dimension internationale lorsqu'elle croise la route du Trail Elite Factory, le programme de détection de jeunes talents parrainé par ASICS et i-Run.
Remplissant son formulaire d'inscription presque par curiosité avec une seule course à son actif, elle survole les sélections sur un tracé technique de 12 kilomètres avant de remporter la grande finale au Pic Saint-Loup.
Ce succès inattendu lui offre son premier contrat professionnel et une place de choix au sein de la Team International ASICS.
Propulsée du jour au lendemain aux côtés de champions du monde chevronnés, elle choisit néanmoins de préserver son cocon, conservant son entraîneur et ses habitudes lyonnaises pour construire sa progression avec une patience méthodique.
« Quand tu viens de l'athlé, tu ne marches jamais. Et en trail, il faut marcher de temps en temps pour ne pas se cramer dans les montées. C'est vraiment là où j'ai trouvé que le trail était vraiment dur à la bascule. »
Photo ©Mile & Stone / Lola Denisan
Plaider et courir : L'organisation d'orfèvre d'une athlète de haut niveau
Mener de front huit années d'études à la faculté de droit sans aucun aménagement de calendrier, puis enfiler la robe d'avocate tout en s'imposant un rythme d'athlète d'élite constitue le grand œuvre de la jeune Lyonnaise.
Loin d'y voir un sacrifice, Marie Goncalves considère son métier au cabinet comme un véritable poumon mental, un espace de combat noble qui nourrit son esprit de compétitrice.
Sa réussite actuelle s'est construite sur les leçons du passé : lors de sa première tentative au concours d'avocat, elle s'était décidé à couper le sport pour s'enfermer dans les révisions, un choix qui s'était soldé par un échec cuisant lié au stress.
Retenant la leçon, elle aborde sa seconde tentative en s'alignant sur une course de 56 kilomètres à Chamonix seulement quatre jours avant les examens.
Une audace couronnée de succès qui scelle sa vision d'une vie où le sport et le droit se répondent en harmonie.
Pour maintenir ce précieux équilibre, Marie Goncalves fait preuve d'une organisation d'orfèvre.
Dès le mois de décembre, elle dessine les contours de sa saison autour de trois objectifs majeurs.
Ses semaines s'articulent autour de sept à huit entraînements, habilement intercalés entre midi et deux ou à la tombée de la nuit, jonglant en permanence avec les audiences au tribunal, les expertises et les rendez-vous clients.
Elle s'impose une discipline de fer en s'accordant un jour de repos hebdomadaire absolu, indispensable pour s'extraire de l'effervescence sportive et retrouver ses proches.
Son terrain de jeu, elle le trouve à Lyon, arpentant les Monts d'Or, le Pilat ou s'échappant vers la station de La Rosière le week-end.
Ce double statut, qu'elle a longtemps gardé secret auprès de ses confrères par crainte d'être jugée fatiguée, est aujourd'hui son plus bel atout de compétitivité
Photo ©Mile & Stone / Lola Denisan
L'art de la planification : quand la rigueur et l'esprit collectif domptent l'aléa
Sous le charme de sa foulée légère se cache une compétitrice qui ne laisse absolument rien au hasard.
Marie Goncalves avoue volontiers détester l'imprévu, une caractéristique qui la pousse à tester minutieusement son équipement lors de ses longues sorties. Qu'il s'agisse de la fiabilité de sa lampe frontale, de l'ergonomie de sa tenue de course, du retrait des étiquettes de ses vêtements ou de son plan de nutrition calé à 75 grammes de glucides toutes les 40 minutes, chaque détail est verrouillé en amont pour évincer l'aléa.
Cette quête de maîtrise s'exprime également à travers une préparation mentale subtile où elle cartographie ses peurs pour leur attribuer des probabilités réelles, tout en s'appuyant sur des mots-clés intimes rédigés avant le départ pour guider son dialogue interne dans les moments de doute.
À l'entraînement, elle s'impose des séances de fractionné en côtes d'une rare intensité afin de provoquer les déclics physiques nécessaires le jour de la compétition.
Pourtant, cette planification rigoureuse intègre une part d'humanité indispensable : la confiance absolue envers son équipe.
Pour pouvoir déléguer sereinement la logistique matérielle et se concentrer sur l'effort, elle s'appuie sur son compagnon Bastien, capable de réajuster immédiatement la stratégie nutritionnelle si le corps flanche.
Cet entourage bienveillant, composé de sa famille et de ses grands-parents de plus de 80 ans toujours présents aux points de ravitaillement, agit comme un véritable baume de régénération mentale au fil des kilomètres. C'est cette même alchimie collective qui l'a portée vers son titre de vice-championne d'Europe en Slovénie sous le maillot de l'équipe de France.
« Plus c'est long, plus il y a d'aléas, plus l'équipe qui t'entoure est importante. S'entourer de personnes qui te connaissent et qui peuvent réajuster le plan A quand ça ne va pas bien, c'est super important. »
Photo ©Mile & Stone / Lola Denisan
L'horizon au long cours : La suite d'un programme tracé avec sagesse et méthode
Tournée vers l'avenir, Marie Goncalves dessine désormais ses ambitions à long terme avec la même sagesse méthodique, en s'autorisant le temps de voir comment son corps assimile les distances.
Après avoir validé le cap des 80 kilomètres cette année, son programme s'intensifie avec une préparation ciblée pour la mythique CCC, un défi de 100 kilomètres et plus de 6000 mètres de dénivelé positif.
Inspirée par l'ambiance unique de l'UTMB et fascinée par les sentiers moins techniques des grandes courses américaines, elle envisage de franchir le cap de l'ultra-long d'ici deux ou trois ans.
Côtoyer en équipe de France des athlètes ultra-performantes ayant dix ans de plus qu'elle conforte sa vision : la compétition est un voyage au long cours, et son objectif ultime reste de courir le plus longtemps possible en bonne santé.

