Comment le bassin grenoblois veut se faire une place dans l’univers du trail

Encerclée par quatre massifs d'exception, la métropole grenobloise déploie une stratégie méthodique pour imposer son territoire sur la carte du trail running. Une dynamique que Mile & Stone est allé explorer sur le terrain, à l'occasion d'un voyage de presse organisé le week-end dernier en marge de l'UT4M. 

Coureurs de l’UT4M dans le massif du Taillefer (©Ut4M-D.Webb)

Entourée par les massifs de la Chartreuse, du Vercors, de Belledonne et du Taillefer, la métropole de Grenoble s'appuie sur la pratique du trail running et de la randonnée pour accompagner la transition de son offre touristique vers un modèle "4 saisons". 

La collectivité cherche ainsi à renforcer la visibilité de son espace naturel face à d'autres destinations alpines historiquement identifiées sur le marché de l'outdoor. 

Récemment installée dans ses fonctions de Vice-présidente chargée de l’attractivité, du tourisme et des loisirs, Audrey Guyomard souligne que le trail est désormais « une priorité budgétaire. »

L'un des axes majeurs de développement consiste à cibler la clientèle du tourisme d'affaires — qui concentre actuellement 70 % des nuitées du territoire, contre 30 % pour le séjour d'agrément. « Nous allons mettre en place des packages avec l'agence Grenoble Alpes et l'Office du tourisme pour valoriser cet espace naturel », indique l'élue, qui ambitionne de séduire les professionnels en séminaire : « Quand quelqu'un vient en séminaire à Grenoble, nous aimerions que sa famille le rejoigne le week-end pour partir en rando ou en trail. »

© Ut4M-B.Audigé

L'UT4M et les sentiers métropolitains comme vitrines opérationnelles

Au sein du calendrier sportif local, l'Ultra Tour des 4 Massifs (UT4M) constitue la principale épreuve soutenue par la métropole pour affirmer son positionnement. 

La manifestation rassemble 4 500 inscrits répartis sur 12 courses, une jauge stabilisée que l'organisation ne souhaite pas dépasser. 

L'engagement financier de la métropole s'élève à 47 500 € par an au titre de la promotion sportive et territoriale, ce qui représente 8% du montant total du budget de la course.

Selon l'étude d'impact menée lors de l'édition 2025, l'épreuve génère 2 millions d'euros de retombées économiques directes pour le territoire et 21 400 nuitées (captées à 84 % par l'agglomération), avec un panier moyen de 352 € par participant. 

En outre, l'impact sur le tourisme à long terme s'avère particulièrement significatif, un signal fort salué par Audrey Guyomard : « Cet effort est payant pour le futur car 87 % des coureurs interrogés ont dit qu'ils reviendraient consommer dans nos montagnes et ça c'est important. »

Pour appuyer la pratique au quotidien, la métropole gère et aménage un réseau de 865 km de sentiers (dont 15 parcours de trail balisés et 5 secteurs accessibles en transports en commun), soutenu en 2026 par un budget de 300 000 € en entretien, 40 000 € en investissement.

©Ut4M-B.Audigé

Comment l’Isère fédère des acteurs majeurs de l’économie du trail 

L'Isère occupe le deuxième rang des départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour le nombre d'entreprises de l'outdoor, avec une dynamique soutenue en matière de créations d'entreprises. 

Membre d'Outdoor Sports Valley (OSV) et du Cluster Montagne, la métropole adapte son accompagnement économique aux contraintes foncières locales. 

Comme l'explique Chris Dupoux, référent écosystème Outdoor à Grenoble-Alpes Métropole : « Le foncier économique est contraint par les massifs. Nous ne sommes plus sur de grandes stratégies de mètres carrés comme par le passé. Nous sommes plutôt sur un accompagnement qui vise à ajuster le besoin d'une entreprise à une temporalité de projet et aux opportunités de locaux ou de foncier disponibles sur nos zones d'activité. »

Cet écosystème repose notamment sur la présence d'acteurs industriels majeurs et spécialisés :

  • Raidlight (Veurey-Voroize / Saint-Pierre-de-Chartreuse) : l'entreprise emploie 38 salariés et réalise 6 M€ de chiffre d'affaires. Elle fabrique 20 % de ses produits en France via 3 ateliers, propose la réparation gratuite de ses équipements et s'appuie sur son centre d'essais en Chartreuse pour assurer un cycle rapide de conception et de commercialisation.

  • Groupe Rossignol (Saint-Jean-de-Moirans) : le groupe rassemble 300 collaborateurs à son siège social (sur 1 300 salariés au niveau mondial) et enregistre un chiffre d'affaires global de 346 millions d'euros. Présente sur le marché du trail depuis deux ans, la marque ambitionne de réaliser 15 % du chiffre d'affaires de sa division Textile/Footwear sur cette discipline d'ici deux ans.

  • Guidetti (Saint-Jean-de-Moirans) : implantée en face de Rossignol, la société compte 15 salariés et réalise 20 % de son activité sur le segment du trail. L'entreprise, qui vend 50.000 paires de bâtons par an, va concentrer ses investissements sur cette pratique à travers un réseau d'ambassadeurs et un argumentaire axé sur la réparabilité intégrale de ses bâtons.

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