Mathieu Blanchard : “un changement lourd émotionnellement”

Présent en ce début de semaine à Marseille lors d’un Kiprun Press Camp qui a rassemblé l'ensemble des athlètes du team, Mathieu Blanchard a dévoilé mardi en conférence de presse les coulisses de son transfert de Salomon à Kiprun.

Photo © Mile & Stone

Pourquoi as-tu choisi de rejoindre Kiprun ? 

Je résumerais cela en trois mots clés. D’abord l'innovation, pas celle des présentations PowerPoint, mais la vraie créativité, qui a une utilité, j'ai un master spécialisé en management de l'innovation, c'est un domaine qui me passionne depuis des années. Ensuite, la performance. Honnêtement, il y a quelques mois, je n'associais pas Kiprun à la performance, mais j'ai été bluffé en découvrant l'envers du décor et la nouvelle stratégie de la marque. Je veux les aider à co-développer l'ultra-performance pour les chaussures et les accessoires. Enfin, l'accessibilité : mon but est de démocratiser l'ultra-performance et de rendre les produits accessibles financièrement, pour que l'aspect pécuniaire n’empêche pas les gens de s'activer dans la nature.

En tant qu'ingénieur, comment vas-tu t’intégrer chez Kiprun ? 

Mon esprit d'ingénieur est toujours présent. Quand je cours, je contemple les paysages, mais je garde toujours un esprit analytique sur mes ressentis physiologiques et matériels. Jusqu'à présent, j'étais frustré de ne pas pouvoir exploiter toutes ces informations empiriques, Kiprun m'offre l'opportunité de m'exprimer à nouveau en tant qu'ingénieur dans le développement de produits.

Comment vois-tu ton rôle au sein de la nouvelle équipe d'athlètes Kiprun ? 

Je n'ai pas envie d'être au-dessus, je veux être au même niveau que tous les membres de l'équipe. J'ai probablement plus à apprendre d'eux qu'ils n'ont à apprendre de moi. En revanche, comme j'ai bien compris comment fonctionnent la communication et les réseaux sociaux, je souhaite utiliser mon expérience pour aider les autres athlètes à mettre en lumière leurs propres résultats et histoires. Lors de ce Press Camp, j'ai été très bien accueilli par cette équipe, composée de personnalités simples, talentueuses et passionnées.

Comment as-tu vécu la viralité de ton transfert sur les réseaux sociaux ? 

Ce changement a été “lourd” émotionnellement. J'ai vu la "trend", où certains jettent les chaussures de mon ancien partenaire pour acheter des Kiprun, c'est très rigolo et à prendre au second degré, mais je veux garder un énorme respect pour mon ancien partenaire avec qui j'ai passé neuf superbes années.

Comment comptes-tu répartir ton temps entre ta vie d'athlète, tes aventures et le développement de produits ? 

À la louche, c'est 70 à 80 % de mon temps pour la vie d'athlète pro, 20 à 30 % pour les aventures, surtout en hiver. Le développement produit est un nouveau pilier, j'estime que j'y consacrerai environ un mois par an, notamment en passant du temps dans les laboratoires de recherche à Lille.

Comment intègres-tu concrètement tes aventures hors trail pur dans ta vie d'athlète, pour faire en sorte qu'elles ne nuisent pas à tes performances ? 

Pour moi, il n'y a pas de silo : l'univers de l'aventure sert celui du trail. L'aventure me permet de faire redescendre la pression mentale liée à la professionnalisation du sport, ce qui m'évite de "craquer" et me permet de durer plus longtemps. Physiquement, tirer une pulka de 30 kg dans la neige ou gérer le manque de sommeil extrême lors d'une transatlantique me donne des atouts précieux, que je réutilise ensuite dans mes courses d'ultra-trail.

Quel héritage veux-tu laisser dans le sport d'ici vingt ans ?

Les résultats sportifs, c'est bien, mais ça ne suffit pas. Ma plus grande richesse, ce sont les histoires et les aventures que je partage pour donner envie aux gens d'aller dans la nature. Je veux aussi laisser une trace à travers les produits : je ne veux pas juste prêter mon nom pour du commerce, je veux vraiment participer au processus de recherche et développement (R&D) depuis les tout premiers prototypes.

Quel est le programme de ta saison ? 

La transition administrative et émotionnelle de ces dernières semaines a pris beaucoup de mon énergie, donc j'essaie de ne pas me surcharger. Je ne participerai pas au Grand Raid Ventoux by UTMB ce week-end, ma première course sera probablement le Trail 100 Andorra by UTMB en juin pour valider des points. L'objectif en tête pourrait être l'UTMB de Chamonix, mais tout cela reste à confirmer et je construirai mon calendrier dans les semaines à venir en accord avec mon nouveau partenaire.

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