Trail : des athlètes élites au statut pro encore précaire en 2026

Peut-on réellement vivre de sa foulée en 2026 ? Si le trail running n'a jamais été aussi populaire, la réalité économique des coureurs de haut niveau reste paradoxale. Entre contrats de sponsoring précaires et disparités de revenus abyssales, une enquête exclusive dévoilée lors de Mile & Stone/Connect révèle les coulisses financières des élites françaises. Décryptage d'un sport en pleine mutation où la performance ne rime pas toujours avec aisance matérielle.

Photo © Mile & Stone - Anthony Arbet

Animateur de l’édition 2026 de Mile & Stone/Connect, qui s’est tenue mardi à Annecy, Frédéric Bousseau a effectué, dans le cadre de la préparation de la première table ronde intitulée "Le trail il a changé : vraiment ?", un sondage auprès de 74 athlètes élites français - cotation ITRA minimum de 850 pour les hommes, 730 pour les femmes - afin de connaître leur degré de professionnalisme.

49 ont répondu anonymement (71,4 % d'hommes et 28,6 % de femmes), 24,5 % d’entre eux (12) se déclarant "professionnels à 100 %".

Les questions portant sur leurs revenus liés à l’exercice de leur sport révèlent d’importantes disparités, puisque 6 (soit 12 %) dépassent les 100 000 € annuels, 50 % déclarant des sommes inférieures à 25 000 €.

Le sponsoring des marques représente sans grande surprise la source de revenus principale (64,1 %), devant les primes de course (16,9 %), la monétisation de l’expertise via du coaching ou du consulting (6,5 %) et l’influence (6,1 %).

Pour ce qui est, enfin, du statut juridique, 47 % des athlètes ayant répondu fonctionnent en auto-entreprise, 26,5 %, logiquement ceux qui ont les revenus les plus élevés, avec leur propre société, unipersonnelle ou non.

"Ces chiffres montrent certes une progression, a commenté lors de Mile & Stone/Connect Goulven Cornec, qui travaille avec plusieurs athlètes pour le compte de l’agence Fraich’Touch, mais ça me désole encore que les athlètes élites soient aussi bas en termes de rémunération, parce que ce n'est pas comme ça qu'on construit un foyer, qu'on fait un crédit à la banque pour acheter un appartement ou une maison et qu'on voit sereinement l'avenir."

Photo © Mile & Stone - Anthony Arbet

Les détails de l’enquête :

1. Profil des Répondants

  • Échantillon : 49 athlètes, dont 71,4 % d'hommes et 28,6 % de femmes.

  • Niveau de performance : Le panel est composé d'athlètes de très haut niveau. La majorité se situe dans la tranche ITRA 875-899 pour les hommes / 750-789 pour les femmes. Environ 12 % des répondants dépassent les 920 points ITRA (hommes).

  • Statut professionnel :

    • 24,5 % sont des sportifs professionnels à 100 %.

    • 26,5 % ont une activité professionnelle complémentaire représentant 30 % à 59 % de leur temps.

    • Le reste se partage entre des activités pro à plein temps (14 %) ou majoritaires.

2. Analyse des Revenus Sportifs

Les revenus mentionnés concernent uniquement la partie sportive (sponsoring, primes, influence).

  • Répartition des revenus annuels :

    • La tranche la plus représentée est 10 000 € à 25 000 € (34,7 % des athlètes).

    • On note une grande disparité : 16 % gagnent moins de 10 000 €, tandis que 12 % dépassent les 100 000 € annuels.

  • Corrélation avec le niveau (ITRA) : Le revenu moyen progresse de manière spectaculaire avec la performance :

    • Niveau 850-874 (H) : ~19 700 €

    • Niveau > 920 (H) : ~91 700 €

3. Sources de Revenus (Répartition Moyenne)

Le modèle économique de l'athlète repose sur quatre piliers :

  1. Sponsoring (64,1 %) : C'est, de loin, la source de revenus principale et la plus stable.

  2. Primes de course (16,9 %) : Une part non négligeable mais soumise aux aléas des résultats et des blessures.

  3. Autres (Coaching, Consulting) (6,5 %) : Certains athlètes monétisent leur expertise.

  4. Influence (6,1 %) : Les contrats d'image avec des marques hors secteur "sport" restent marginaux.

4. Statut Juridique

Pour gérer ces revenus, les athlètes privilégient :

  • L'Auto-entreprise (47 %) : Plébiscitée pour sa simplicité.

  • Les sociétés (SARL, SAS, EURL) (26,5 %) : Utilisées par les athlètes ayant les revenus les plus élevés.

  • Association ou Entreprise Individuelle : Restent minoritaires.

5. Enseignements Qualitatifs

Les remarques libres soulignent plusieurs points critiques :

  • La mixité des revenus : Plusieurs athlètes cumulent leur pratique avec des métiers de passion (coaching, santé) qui sont parfois difficiles à dissocier totalement du "sport".

  • L'instabilité : Un athlète signale avoir perdu tous ses sponsors cette année, rappelant la précarité du statut.

  • Frais réels : Certains soulignent que les revenus déclarés incluent parfois les remboursements de frais de déplacement, ce qui ne constitue pas un bénéfice net.


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