Avenir du Trail : Ce qu’il faut retenir de Mile & Stone Connect 2026

La troisième édition de Mile & Stone Connect, qui s'est tenue à l’Impérial Palace d’Annecy ce 31 mars, a confirmé une tendance de fond : le trail running n'est plus un sport de niche. Entre professionnalisation accrue, explosion du marché asiatique et nouveaux enjeux médiatiques, la discipline entre dans une ère de mutation profonde.

économie du trail running en 2026 : vers une croissance globale et multipolaire

Dans les salons du centre des Congrès de l’Impérial Palace, le petit monde du trail se croise. Instants rares, les fondateurs de l’UTMB, Catherine et Michel Poletti, échangent autour d’un café avec Odile Baudrier, organisatrice depuis 1995 du Festival des Templiers. Un peu plus loin, Jean-Luc Diard, ancien patron de Salomon et créateur de Hoka, discute avec Guillaume Boccas, CEO de la jeune marque Wise… Pour sa troisième édition, Mile & Stone/Connect a réuni un large éventail de forces vives du trail running (marques, événements, fédérations, plateformes, revendeurs, médias, associations…) pour évoquer l’avenir de la discipline lors des tables rondes et des conversations informelles pendant les pauses.

Tous ces acteurs peuvent avoir le sourire, à écouter Jean-Luc Diard, chargé de la keynote d’introduction : "Le trail n’est pas près de s’arrêter, il a un très bel avenir devant lui", a promis le patron de l’innovation du groupe Deckers (auquel appartient Hoka). Selon cet observateur, pour qui "le trail a dépassé son univers originel pour devenir un phénomène de société et un phénomène de mode", la discipline serait entrée dans "la phase 3" de son développement. "Il y a eu les années 2000-2015 où le sport a commencé à exister, puis l’engouement de la décennie 2015-2025, au cours de laquelle il s’est professionnalisé. Nous entrons aujourd’hui dans une époque multipolaire, dans le sens où le trail sort de la montagne pour devenir plus global."

Tous les indicateurs montrent un effacement des frontières, à commencer par l’explosion de l’intérêt de l’Asie, particulièrement en Chine. "40 % des finisseurs de courses sur route sont en Asie", souligne Jean-Luc Diard, pour qui ce chiffre préfigure une déferlante sur les sentiers : "On observe là-bas des mutations avec des nouveaux intervenants qui arrivent tous les jours. Le gouvernement chinois pousse le côté fitness et la découverte du pays. C’est une zone qui découvre les loisirs, prend de l’avance sur le plan technologique et aborde l’outdoor avec un angle mode. On est face à une explosion au sens large."

En Europe aussi, la révolution est en cours avec "un rajeunissement" des pratiquants. Selon les chiffres de l’Union Sport et Cycle, plus de 5 millions de Français pratiquent le trail au moins deux fois par an, dont 42 % de femmes, alors que la plateforme Miles Republic comptabilise une hausse du nombre d’événements de running (3 857 en 2025, +10,7 % par rapport à 2024) et de la participation (17,2 %). "On avait une culture montagne, on va voir de plus en plus de gens arriver avec un autre regard. Pour eux, le sport est important, mais la culture et la médiatisation sont tout aussi importants" insiste Jean-Luc Diard, illustrant son propos avec le succès de l’influenceur Clem’ qui court. Un élargissement de la base qui devrait avoir des conséquences pour les événements : "De nouveaux formats vont se développer, plus créatifs, plus familiaux et plus en équipe", prophétise le fondateur de Hoka.

Jean-Luc Diard, co-fondateur de Hoka - Photo ©Mile & Stone/ Anthony Arbet

Théo Detienne : "Oui, le trail il a changé"

Alors que les traileurs pro ont encore du mal à vivre de leur sort dans leur majorité, ils doivent prendre en compte ce nouvel environnement : "Il y a 15 ans, les marques cherchaient la performance à travers des athlètes pour se légitimer et crédibiliser les produits. On a glissé vers des athlètes capables d’être mis en scène", confirme la consultante en marketing Ingrid Tissot lors d’une table ronde intitulée "Le trail il a changé : vraiment ?" aux côtés de Ludovic Pommeret (Hoka) et Théo Detienne (Brooks). "Avec certaines marques, j’ai dix fois moins (d’argent) que d’autres qui font plus de contenus et d’influence. A nous de nous adapter. Ça fait partie du métier", abonde le vainqueur de l’UTMB 2016.

"Oui, le trail, il a changé, le côté athlète influenceur, sur lequel je joue, est hyper-important. La performance reste la vitrine mais ça ne parle pas à tout le monde", explique quant à lui Théo Detienne, qui dispose d’un budget de 200 000 euros pour la saison 2026 afin de rémunérer le staff qui l’accompagne, son vidéaste en premier lieu. 

La prochaine marche à gravir, selon leur agent Goulven Cornec (agence Fraich’Touch), est de convaincre des partenaires exogènes, c’est-à-dire non-issus de l’univers du sport, comme "les assurances, les banques et la cryptomonnaie", ce dernier ajoutant : "Je passe énormément de temps à Paris à parler avec des gens qui ne connaissent rien à la discipline et avec des médias généralistes." Tout en reconnaissant que "l’on reste encore trop entre nous", Ingrid Tissot estime le défi réalisable : "Le trail a beaucoup d’atouts comme la reconnexion à la nature et la santé mentale."

Théo Détienne - Photo ©Mile & Stone/ Anthony Arbet

Patrick Maitrot, Warner Bros. Discovery : "Déjà plus un sport de niche"

C’est aussi le sentiment de Patrick Maitrot, vice-président international sales & partnerships de Warner Bros Discovery (qui comprend la chaîne Eurosport), associé à Salomon au sein des Golden World Trail Series en tant que producteur, diffuseur et co-organisateur. "Le trail n’est plus un sport de niche, 45 millions de pratiquants dans le monde, c’est énorme", relève-t-il lors d’une table ronde autour du sponsoring et de la diffusion de la discipline.

Cela dit, il reste du chemin à parcourir : "C’est un sport en construction au niveau médiatique, mais qui a déjà une très forte base sur laquelle il faut construire. Pour convaincre de grands partenaires, il faut arriver à une taille critique, on n’y est pas encore en termes de visibilité, de médiatisation et de vision globale. Le travail de l’UTMB est assez incroyable, notre ambition est également internationale avec un calendrier en train de se construire et la volonté de continuer à grandir en s’ouvrant à des marques venant d’autres secteurs. C’est un travail collectif."

L’un des écueils reste la gouvernance, alors qu’un travail d’uniformisation des formats et de rationalisation du calendrier serait nécessaire. A ce sujet, l’intervention d’Alessio Punzi, chef du département running et épreuve de masse chez World Athletics, n’a pas permis de voir beaucoup plus clair sur les intentions de l’instance dans le trail. "On a notre propre voie à tracer", a tenu à réagir Michel Poletti lors de cette discussion sur "Le trail doit-il devenir un sport comme les autres pour continuer à croître ?" Et le cofondateur de l’UTMB d'ajouter : "On peut s’inspirer de ce que font les autres, mais je suis intimement convaincu que l’on doit travailler tous ensemble, dont World Athletics, pour bâtir notre propre modèle selon nos propres caractéristiques."

Alessio Punzi, head of runinng à World Athletics - Photo ©Mile & Stone/ Anthony Arbet

Entre rêve olympique et préservation des sentiers : les nouveaux défis du trail

L’une des questions que le trail va devoir trancher sera sa participation, débattue au sein de la communauté, aux Jeux Olympiques. "L’olympisme fait partie de notre ADN chez Eurosport et cela a tout de suite fait partie de nos discussions avec Salomon dans le cadre des Golden Trail series, confie Patrick Maitrot. Ce format court de 1h30 peut un jour s’inscrire dans un programme olympique. C’est une question à se poser. Ce serait un vrai boost pour la visibilité, un game changer. On a vu le ski-alpinisme aux JO de Milan-Cortina. Ce n’est pas parfait, mais ça donne accès à des dizaines de millions de personnes."

Ces perspectives de développement ne seraient pas complètes sans la prise en compte des questions sociétales et environnementales, également abordées lors de ce Connect. Les conflits d’usages et de la préservation des espaces sensibles constituent l’un des points d’attention les plus cruciaux.

"On
est en train de découvrir et d’étudier ces impacts sur les éco-systèmes qui souffrent déjà de plein d’autres choses (…). Il n’y a pas encore de couperet mais des tensions. Il y a besoin de s’accorder sur des grands principes", a ainsi affirmé Christelle Bakhache, chargée de projet Sports de Nature au Conservatoire d'espaces naturels de Haute-Savoie lors d’un débat qui a également réuni Fabrice Perrin de l’UTMB, ce dernier estimant : "Ce qui est important, c’est le dialogue et la tentative d’objectivation des faits et des données." Toutes ces discussions restent ouvertes, rendez-vous est déjà pris pour les prolonger !

Photo ©Mile & Stone/ Anthony Arbet

Suivant
Suivant

Sélection équipe de France : le casse-tête de la FFA après les France au Ventoux