Comment ASICS a gagné l’UTMB deux fois de suite ?

Un an après la victoire de Tom Evans, Ben Dhiman a permis à Asics de conserver la couronne masculine de l’UTMB. Un back-to-back rare dans l’histoire de l’épreuve, qui illustre la montée en puissance de la marque et sa structuration. Pour comprendre les recettes de ce succès, Mile & Stone a pu ouvrir les portes de son Base Camp, lancé cette année près de Chamonix, dans lequel l'Américain s’est préparé au cours de l’été.

Photo © UTMB

"Je connais très bien le parcours, ça m’a beaucoup aidé. Je n’avais pas peur. Je n’ai montré aucun respect au parcours." Sitôt la ligne d'arrivée franchie, le samedi 29 août place du Triangle et de l'Amitié, voici comment Ben Dhiman expliquait sa victoire à l’UTMB, dans le chrono historique de 18h16’29’’. Un an après une deuxième place qui l'avait laissé sur sa faim ("Le job n’est pas fini", confiait-il alors), l’Américain a pris une revanche éclatante. Un triomphe sans surprise, tant son approche de l’épreuve a flirté avec la perfection. Et un coup double spectaculaire pour son équipe, sacrée team de l’année lors des Trail Running Awards 2025.

Jamais blessé, plus ex
périmenté et encore mieux préparé, grâce à l’ajout de la musculation dans son entraînement, l'Américain a aussi profité du tout nouveau centre d’entrainement d’Asics pour s’imprégner des sentiers de la vallée de Chamonix durant quatre semaines au cours de l’été. "J’y ai passé deux fois quinze jours, explique-t-il à Mile & StoneCela m’a permis d’être dans les meilleures conditions. Sans avoir les enfants à gérer [il en a trois dont deux jumeaux, NDLR], je pouvais utiliser toute mon énergie pour m’entrainer et faire récupérer mes fibres musculaires. Ce n’est pas magique, mais ça fait beaucoup."
 
Pour se rendre à l’Asics Base Camp, lancé au printemps dernier, il faut s’écarter de 7 kilomètres de l’agitation de Chamonix et prendre un peu de hauteur, au-dessus du village des Houches. Depuis le mois d’avril et jusque fin septembre, le team loue ici deux chalets de haut standing de 300 m2. D’une capacité d’accueil de 18 personnes (pour une cinquantaine d’athlètes dans le team), ils abritent une salle de musculation et de fitness, tout le matériel de récupération nécessaire, un sauna, un jacuzzi, et voient défiler un panel d’experts associés chaque semaine. En plus des indispensables kinés et ostéos, sont ainsi mis à disposition médecin, préparateur mental, nutritionniste, pédicure, podologue, tandis que la société Enduraw fournit au team une plateforme d’analyse des données et réalise des tests de VO2 réguliers.

ASICS Base Camp - Photo © Benjamin Steen

Du team français au soutien mondial : la montée en puissance d'Asics

"C’est open bar, sourit Laurent Ardito, vainqueur de son 5e UTMB en tant que manager après les trois succès de Xavier Thévenard (2013, 2015, 2018) et celui de Tom Evans en 2025. Les athlètes n’ont qu’à réserver leur créneau. Depuis l’ouverture, on a un taux d’occupation de 92 %." Les trois athlètes de la marque présents sur les podiums lors des finales de la semaine de l’UTMB 2026 (Ben Dhiman, Sara Alonso et Miguel Benitez, tous les deux 3e de l’OCC) y ont tous séjourné, les stars de l’équipe croisant les espoirs"Je suis venue deux semaines pour reconnaitre la CCC avec Marie Goncalves (9e), raconte Diane Rassineux (14e). On fait la cuisine ensemble avec tous les athlètes présents. Ça permet de discuter. Ben a partagé avec nous son expérience et son entraînement. C’était très enrichissant."

Lancé dans les années 2010 à l’échelle française, le team Asics a connu un premier tournant au sortir de la crise du Covid lorsque la direction européenne de la marque japonaise a décidé de miser sur le trail (qui représente 35 % de son activité dans le running). Vu l’essor de la discipline, le team est depuis cette année soutenu par la direction mondiale, décision prise avant le doublé Evans-Dhiman sur l’UTMB 2025. Disposant d’un budget "comparable à celui d’une équipe de vélo Continentale quand on additionne tout", selon Laurent Ardito, le team a profité de l’augmentation de ses moyens pour changer d’échelle, notamment avec l’ouverture de ce centre d’entrainement, dont le projet était à l’étude depuis deux ans.
 
"Je ne peux pas révéler combien nous coûte l’Asics Base Camp, mais c’est beaucoup d’argent. Maintenant, j'étais parti à l’origine sur un budget plus important et j’ai pu concrétiser le projet pour un coût deux fois moins élevé que prévu. Vu les résultats, ça va nous permettre de le pérenniser", poursuit le team manager. Ce Base Camp n'est que la partie la plus visible d'un investissement plus large : le team Asics organise également chaque année un stage d’avant saison à Minorque et va lancer à l’hiver 2027 un nouveau rassemblement à Prémanon (Jura), consacré à l’entraînement en hypoxie et à la chaleur, ainsi qu’à la préparation physique, en présence d’experts. Lors de la semaine UTMB, les 110 membres de l’équipe (athlètes et staff) étaient par ailleurs tous logés dans le même hôtel à Chamonix.

ASICS Base Camp - Photo © Benjamin Steen

Les clés de la victoire de Ben Dhiman : l'impact de l'écosystème Asics

"Si je supprimais tous ces investissements, je pourrais recruter cinq Tom Evans, mais quand on dépense 100 pour un athlète, on estime qu'il faut mettre entre 30 et 40 pour l’accompagner. Sinon, c’est comme acheter une voiture sans mettre d’essence dedans, confie Laurent Ardito. La structure réduit l’incertitude et permet aux victoires d'arriver plus souvent. Un mec qui était presque capable de gagner le devient vraiment. L’idée, c’est de bâtir un team Premier League avec plusieurs Ben Dhiman et Sara Alonso. Et de trouver des nouveaux talents comme on l’a fait avec Virgile [Morizet, 4e de l’UTMB pour sa première participation à 25 ans, NDLR]."
 
Chez Asics depuis trois saisons, Ben Dhiman a signé un nouveau contrat l’hiver dernier. "Je suis persuadé d’avoir la meilleure équipe pour m’accompagner, confie l’Américain, qui a visité après l'UTMB le siège européen de la marque à Amsterdam. Le matériel n’a rien à voir avec ce qu’il était il y a trois ans, l’entourage est compétent, ma victoire à l’UTMB s’est aussi jouée grâce à Cathy (Ardito) qui m’a permis de réaliser le ravito le plus rapide aux Contamines. Et il y a ce Base Camp qui a son importance. C’est un investissement que les autres teams ne font pas."
 
Alors qu’on assiste à une montée en puissance dans le trail des majors (lire Mile & Stone #56) - Nike a signé trois podiums sur les finales de l’UTMB, Adidas deux -, ce modèle pourrait devenir la norme dans un sport encore en phase de professionnalisation : "C’est exactement ce que doit être un team de haut niveau actuellement, souligne Joseph Mestrallet, fondateur d'Enduraw. Cette structure associée à une cellule de performance d’experts forme une boîte à outils mise à disposition des athlètes pour progresser. On ne gagne pas l’UTMB uniquement grâce à ça, mais ça y contribue énormément."
 
Convaincue que la méthode est la bonne, Asics a d'ores et déjà validé la reconduction de son centre d’entrainement des Houches en 2027. Sans doute avec un ou deux chalets de plus.

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