Qui va gagner l’UTMB 2026 ?
Difficile de prédire ce qui va se passer lors de l’UTMB 2026 (départ vendredi à 17h45 à Chamonix) alors que les forfaits de dernière minute se sont multipliés. Avec un plateau très dense et beaucoup d’inconnues, cette édition s'annonce très ouverte, comme le confirment les experts consultés par Mile & Stone, comme avant chaque grande course de la saison.
Ce devait être la guerre des étoiles. Finalement, la start-list de l'UTMB 2026 a subi en l'espace de quelques jours une avalanche de forfaits aussi retentissants que prévisibles, avec les retraits sur blessures du tenant du titre, le Britannique Tom Evans, de la star Kilian Jornet et du n°1 mondial, l'Américain Jim Walmsley, qui pèsent un total de six UTMB à eux trois, dont quatre pour le Catalan. Avec le renoncement également de Mathieu Blanchard (talon), ce sont autant de coups de ciseaux portés à l’affiche, sans parler de l’ultime coup de théâtre avec le retrait appris mercredi matin de la tenante de l'épreuve féminine, la Néo-Zélandaise Ruth Croft.
"C’est dommage parce qu’on pouvait espérer un combat des chefs. Finalement, les plus grands seront absents chez les hommes. On a l’impression qu’une page se tourne avec l’absence de ces athlètes qui sont tous de la même génération", commente Fred Bousseau, observateur de l’UTMB depuis la première édition en 2003 (et collaborateur régulier de Mile & Stone). "C’est un peu moins exceptionnel car les athlètes les plus connus manquent à l'appel, confirme David Michel, journaliste à L’Equipe. Cela dit, compte tenu de leurs saisons respectives, on n’attendait pas de miracles et le plateau reste de très haut niveau."
"Parmi les top athlètes avec des index UTMB de plus 933 pour les hommes et de plus de 806 pour les femmes (selon le nouvel index), nous étions à 84 % d’inscriptions, détaille Julien Chorier directeur des sports de l’UTMB. Au final, nous serons à environ 70 % du top 100 sur les finales (UTMB, CCC et OCC), mais la qualité sera au rendez-vous : sur l’UTMB, on a une vingtaine d’athlètes hommes avec des cotes à plus de 900 points ! Il y a cinq ans, c’était podium assuré. Là, ils sont tous capables de courir en moins de 20 heures et c’est excitant car il y a beaucoup d’inconnues."
UTMB 2026 : Ben Dhiman assume le statut de favori chez les hommes
Une tête dépasse toutefois du peloton masculin : celle de Ben Dhiman (Asics). Obnubilé depuis plusieurs saisons par l’UTMB, l’Américain installé dans les Pyrénées pense à cette édition depuis sa 2e place en 2025 derrière son partenaire de team, Tom Evans. Auteur d’une préparation linéaire sans accroc, affinée au regard de sa fin de course difficile l’an dernier, il se présente avec la pancarte de super favori pour sa quatrième participation.
"C’est l’épouvantail n°1. Il est sûr de sa force et libéré de la présence de Tom. Il a été impressionnant au 90 km du Mont-Blanc (2e) sans avoir relâché l’entraînement. Ça promet parce qu’il est très fort quand on arrive dans la zone de vérité après 15 heures d’efforts", estime Jean-Michel Faure-Vincent, team manager chez New Balance après avoir collectionné les victoires à Chamonix dans le staff de François D’Haene (quatre). "En plus, il a cet esprit montagnard qui sera nécessaire pour résister aux conditions météo difficiles qui se profilent lors de la première nuit", ajoute Fred Bousseau.
"C'est le mieux préparé et le plus solide, mais ce statut de favori, son étiquette de Poulidor avec ses 2e places et son ambition affichée de gagner peuvent lui jouer des tours, nuance le speaker du rendez-vous chamoniard Ludovic Collet, qui fête ses vingt ans au micro de l’événement. Je mise plutôt sur Vincent Bouillard, qui n’a aucune pression car il a déjà gagné (en 2024) et a été stratosphérique à la Western States (vainqueur en 13h46’15''). C’est un coureur réfléchi. S’il est au départ, c’est qu’il a récupéré." Seul Kilian Jornet a réussi à remporter au cours du même été ces deux majors chez les hommes, en 2011. Une autre époque.
Ludovic Pommeret, vainqueur de l’UTMB 2016 et absent cette année, croit aussi en son partenaire du team Hoka : "Jim (Walmsley) a longtemps considéré que c’était incompatible d'enchaîner les deux la même année. Personnellement, j’avais bien supporté ça en en 2022 (6e de la Western et vainqueur de la TDS). A mon avis, s’il y en a qui peut le faire, c’est Vincent."
Baptiste Chassagne et Théo Détienne en embuscade derrière Caleb Olson
"Finir sur le podium serait déjà énorme", estime David Michel quand on évoque avec lui les chances françaises, le journaliste plaçant Théo Détienne (Brooks) en tête de liste. "L’an dernier, il a été bluffant pour son premier UTMB en étant fou-fou dans sa stratégie, ajoute-t-il. Un an après, il n’est plus le même coureur. Il s’est entouré de Joseph Mestrallet (data scientist dans le staff d'Evans en 2025) qui l’a cadré. Il s’est fait discret sur les réseaux sociaux. Il a fait une prépa méthodique (9e de la Transvulcania et 2e de la MaxiRace). Alors qu’il avait déjà un très gros niveau, il a haussé tous les curseurs."
Autre Tricolore attendu, Baptiste Chassagne (On running), 2e en 2024 et vainqueur de la Diagonale des fous 2025 (lire notre interview), qui revient à Chamonix avec l’ambition de courir en moins de 20 heures. A l’image de Dhiman, il a axé toute sa saison sur l’UTMB (4e du 90km du Mont-Blanc). "On sait qu’il a le potentiel physique et il a passé un cap en remportant la Diagonale alors que jusqu’à présent, il était toujours placé mais jamais gagnant, observe Camille Bruyas (2e de l’UTMB 2025). Le 100 miles, c’est sa distance, il est chez lui (il habite à Combloux à coté de Chamonix, NDLR). Il saura se transcender."
Côté américain, le vainqueur de la Western States 2025, Caleb Olson (Nike ACG), plus grosse cote UTMB de la start-list (945), a mis toutes les chances de son coté en renonçant aux courses US de l’été pour prendre ses quartiers plusieurs semaines à Chamonix. Selon David Michel, "c’est le facteur X" au sommet d’une énorme liste d’outsiders qui comprend notamment, selon nos experts, Hannes Namberger, Jonathan Albon, Josh Wade, Zach Miller... Verdict samedi.
Le top 5 de nos spécialistes : 1. Ben Dhiman, 2. Vincent Bouillard, 3. Baptiste Chassagne, 4. Théo Détienne, 5. Caleb Olson.
Courtney Dauwalter favorite après le forfait de Ruth Croft
Après l’hécatombe chez les hommes, c’est au tour du plateau féminin d’être amputé d’une tête couronnée avec le forfait de dernière minute de Ruth Croft (Adidas Terrex). La tenante du titre est apparue mardi soir à Chamonix à l’occasion de l’avant-première du documentaire qui lui est consacré (Roots par Alexis Berg) avant d’annoncer ce mercredison départ précipité pour raisons familiales. "C’était la grandissime favorite au vu de sa préparation entièrement axée sur l’UTMB, de sa forme, de son expérience et de sa dynamique (2e en 2024, victoire en 2025)", estime Camille Bruyas, absente cette année car enceinte. La dauphine de l’édition 2025 estime même que la Néo-Zélandaise était capable de flirter avec le record de Katie Schide (22h09’31 en 2024), elle aussi forfait (blessure au pied).
Dans ce contexte, un boulevard semble s’ouvrir devant Courtney Dauwalter, en position idéale pour quadrupler la mise après ses trois succès en 2019, 2021 et 2023. Tombée de son piédestal en 2025 (10e), l’Américaine du team Salomon (41 ans) est revenue dans le jeu cette année au regard de ses victoires à l’Ultra Trail Chianti puis à la Hardrock 100, même si elle a entretemps trébuché à la Cocodona 250 miles (2e). "Elle a attendu le dernier moment pour confirmer sa présence, mais si elle a décidé de s’aligner, c’est qu’elle pense être prête", confie Julien Chorier.
"Elle avait beaucoup tiré sur la corde les années précédentes, elle l’a payé en 2025 avec ce jour sans, elle n’avait plus d’énergie. Mais elle a été fière de terminer et c’est quelqu’un qui sait vite passer autre chose", analyse Camille Bruyas.Sans Croft au départ, l’Américaine retrouve sa configuration préférée : "Courtney aime prendre la tête et se nourrir de sa domination, analyse Jean-Michel Faure-Vincent. Ses rares défaites sont intervenues quand elle a été attaquée et qu’elle a dû sortir de son rythme pour répondre."
Existe-t-il une concurrente capable de jouer ce rôle ? Blandine L’Hirondel (Kiprun) aurait dû endosser le costume d’outsider n°1, mais la lauréate de la Diagonale des Fous 2025 et de la Transvulcania 2026 (lire notre interview) souffre d’endofibrose iliaque. De quoi brider ses ambitions. Atteinte de la même pathologie l’an dernier, Camille Bruyas a échangé sur le sujet avec sa compatriote : "Malgré mon opération, j’avais encore des douleurs, mais je lui ai dit que cela pouvait passer sur les allures d’un ultra." Les regards se tournent plus vers Rachel Entrekin (Norda), qui a créé la sensation au printemps dernier en remportant la Cocodona 250 miles au scratch (avec près de 6 heures d’avance sur Dauwalter) après avoir pris la 3e place à l’Ultra Trail Chianti (6 minutes derrière sa compatriote). "Sur le papier, elle peut tenir le choc", prévient Faure-Vincent. "J’espère qu’elle va confirmer ces énormes performances, ajoute Camille Bruyas. Mais avec les Américaines, on ne sait jamais."
Lucy Bartholomew et sa partenaire Martina Valmasoi (Salomon), Fuzhao Xiang (Arc’Teryx) ou encore la Suédoise Anna Carlsson (Asics) sont toutes en forme et candidates au podium. Quant aux autres Américaines, elles suscitent autant d’attentes que d’interrogations, à l’instar de la 2e de la dernière Western States, Riley Brady (Nike ACG), et d'Abby Hall (Adidas Terrex).
Moyenne des pronostics de nos spécialistes : 1. Courtney Dauwalter, 2. Rachel Entrekin, 3. Fuzhao Xiang, 4. Lucy Bartholomew, 5. Anna Carlsson.

