Déterminé depuis dix ans à faire de l’ultra-trail son métier, Hugo Deck a réalisé une partie de ses rêves en remportant mi-octobre la Diagonale des Fous, à seulement 26 ans. Mile & Stone revient sur le parcours atypique de l’athlète du team Adidas.
© Grand Raid de La Réunion
Un large sourire sous sa tignasse bouclée, Hugo Deck répond à sa première interview de vainqueur de la Diagonale des Fous, quelques minutes après avoir franchi la ligne dans le stade de la Redoute : "Je suis fier de moi parce qu’il y a dix années de travail derrière", affirme celui qui, à 26 ans, devient alors le deuxième plus jeune vainqueur de la mythique épreuve réunionnaise (Kilian Jornet s'est imposé à 22 ans en 2010, à 24 deux ans plus tard).
Une déclaration qui fait remonter le point de départ de sa carrière dans le trail à ses années lycée : né à Strasbourg mais installé dans le sud dès son plus jeune âge, Hugo Deck a découvert la discipline grâce à son frère, après quelques années de basket. "Immédiatement, ça m’a fait rêver, confie-t-il à Mile & Stone J’ai commencé à ne plus faire que ça. J’adorais regarder les vidéos de l’Ultra-Trail World Tour, de Kilian Jornet ou Sébastien Chaigneau. J’ai tout de suite été obsédé et j'ai dès lors tout optimisé pour ne faire que ça dans ma vie. Le trail a toujours été la priorité."
L'intéressé a visiblement aussi des prédispositions, puisqu'il est vite repéré par Nicolas Delmi-Deyirmendjian, entraîneur et fondateur du Team Provence Endurance, lors de l’Ascension du col de Vence. Il n’a que 17 ans, mais pas froid aux yeux : "C’était une manche du challenge national de course en montagne avec un gros niveau, se souvient ce dernier. C’était la deuxième course d’Hugo de toute sa vie, il est parti seul devant, on se demandait qui était ce jeune dégingandé. Il a tenu 3 km, mais à l’arrivée (à la 48e place), on lui a proposé de rejoindre le club."
De Team Provence Endurance au team Adidas, l’ascension express d’Hugo Deck
Sa première saison ne témoigne pas d’un talent de surdoué - "A mes premiers championnats de France de course en montagne, j’ai terminé avec un quart d’heure de retard sur Sylvain Cachard (18e)", mais l'Alsacien ne compte déjà pas ses heures : "Au lycée, j’ai dû cumuler une centaine de demi-journées d’absence. J’avais 4/20 en maths, mais pendant les cours, je lisais des articles de recherche sur la physiologie. Le mercredi, je partais courir trente bornes parce que je trouvais ça trop stylé. J’y allais même quand j’avais deux heures de perm’. J’ai commencé à renoncer aux soirées. J’étais un peu en décalage."
"Hugo a tout de suite affiché beaucoup d’ambition, se souvient Nicolas Delmi-Deyirmendjian. J’avais été marqué par une discussion avec son père qui le soutenait dans sa démarche et m’avait confié : "Si le trail intègre un jour les JO, Hugo y participera." A 17 ans, il souhaitait déjà devenir pro. Il était visionnaire parce qu’il y avait très peu de pros à l’époque. C’était un risque, mais il y croyait, c’est vraiment un exemple de détermination." A tel point que l'ultra-traileur n’a jamais vraiment eu de plan B : "Je venais du basket où on peut être payé en 5e division, je pensais que les meilleurs traileurs étaient tous des pros, ça me paraissait normal de pouvoir vivre de son sport vu le nombre de pratiquants."
Cette conviction est renforcée par son passage dans le Team Provence Endurance, structure tournée vers la performance où il côtoie des athlètes de haut niveau comme Julie Roux (aujourd’hui chez Salomon). Hugo Deck ne va finalement pas attendre longtemps avant de voir s'exaucer ses ambitions de professionnalisation : 5e de la CCC en 2021 sous les couleurs d’Asics, il signe dès l’été 2022 chez Adidas, à 21 ans. Il est toujours aujourd'hui le seul athlète homme français du team international de la marque aux trois bandes : "C’est rare de rejoindre si jeune une marque comme Adidas, reconnue en dehors du trail. C'était une chance et ça m’a apporté beaucoup de sérénité."
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Du « kamikaze » au vainqueur de la Diagonale des Fous : la métamorphose d’Hugo Deck
Cette signature lui a en tout cas permis de récolter les fruits de son choix de se spécialiser d’emblée sur l’ultra, à la manière d'un François D’Haene, auquel il s’identifie d'ailleurs beaucoup. "Le trail, pour moi, c’était l’ultra. Seuls l’UTMB ou la Diagonale me faisaient rêver." Mais s’il remporte son premier 100 miles à 22 ans (Nice by UTMB 2022), Hugo Deck alterne d’abord le très bon sur des formats 100 km (3e du 90 km du Mont-Blanc 2023) et des désillusions sur des distances supérieures (abandons à la TDS 2022, UTMB 2023). "On m’a beaucoup critiqué, j’ai souvent entendu dire que j’allais me cramer, si bien que j’ai quand même douté. Mais à côté de ça, il y avait aussi des performances, donc j’ai toujours cru en moi ", assure-t-il.
"Hugo a fait des gros volumes très jeune, d’où sa capacité à très bien assimiler une charge énorme, analyse le coach Rémi Rivet, qui accompagne l'athlète depuis un an. C’était déjà un coureur extrêmement fort sur 100 km, mais c'était un kamikaze et il avait tendance à se dégrader en fin de course. Donc on a axé le travail pour faire en sorte qu’il devienne un peu plus durable, on a mis l’accent sur ce petit défaut et sur le pacing."
Avec des résultats payants : deux victoires de suite à la MaXi-Race en 2025 et 2026, avant son triomphe à la Diagonale des Fous, dont il avait fait son objectif n°1 après quatre abandons de suite sur la semaine de l’UTMB. Sans passer cette année par Chamonix, il a ainsi fait le choix cette année de s'installer un mois à La Réunion pour se préparer : "Dans le trail, on est des entrepreneurs, pas des salariés. J’ai décidé d’investir sur moi et d’allouer des moyens pour mettre toutes les chances de mon coté."
Ce succès le fait basculer dans une autre dimension, comme il a pu s’en apercevoir à son retour à Paris, avec une vague de sollicitations médiatiques dont il était jusqu'ici peu coutumier. De quoi espérer convaincre de nouveaux partenaires de le soutenir aux côtés d’Adidas et son partenaire nutrition (Ta Energy). "Une victoire ne suffit pas, il faut se bouger, confie celui qui a fêté ses 27 ans le 3 novembre. Nous allons travailler avec ma copine - qui travaille dans une banque d’investissement - et un de ses collègues qui m’aident sur ces questions." De quoi, aussi, revenir à l’UTMB en 2027 avec une confiance démultipliée : "La Diag lui convenait très bien, l’UTMB un peu moins, tempère Rémi Rivet. Mais il a les qualités pour réussir. Il a du temps, c’est un projet à long terme."

